29/10/2007

Grâce au PDC, une Suisse réellement gouvernée ?

 

Aprés les considérations exprimées à la mi-octobre par M. Arnold Koller, ancien conseiller fédéral démo-chrétien, les lecteurs de la presse romande ont pris connaissance avec intérêt des propos tenus au lendemain du 21 octobre par M. Urs Schwaller, vice-président du PDC suisse. Aprés sa brillante élection au Conseil des Etats le Fribourgeois a lui aussi formulé clairement l'idée d'un programme de législature devant servir de base à la formation du futur Conseil fédéral.

Rompant avec le "centrisme indéfini" cher au PDC M. Schwaller tire ainsi les leçons des dernières élections fédérales. Celles-ci ont montré que si les grands partis entendent participer à un gouvernement efficace de la Suisse ils sont contraints, eu égard à la raideur et à la capacité de nuisance de l'UDC, de choisir leur camp. Comment ? En acceptant ce que l'UDC exige depuis toujours : substituer à la conduite cahotante du pays, au coup par coup et au gré des intérêts partisans, un contrat de législature négocié et publié préalablement à l'élection de l'exécutif et définissant les objectifs de ce dernier ainsi que les moyens qu'il entend utiliser pour les atteindre. Ce contrat est logiquement appelé à être conclu par les trois partis bourgeois qui représentent, faut-il le rappeler, plus de 60 % de la population. On voit mal en effet la gauche poser sa signature sur un document engageant concrètement l'UDC, le PDC et le PRD.

Osons cette prédiction : quoi qu'il en soit les partis ne pourront encore longtemps échapper à un tel contrat de législature. En effet, l'environnement de la Suisse a été bouleversé par les vingt dernières années aussi bien dans sa dimension politique que dans les secteurs de la sécurité, de l'éducation, du social, de la démographie, des finances publiques, de l'économie interne et des échanges internationaux. Une véritable stratégie gouvernementale s'avère désormais indispensable. Le contrat de législature doit être l'instrument de cette stratégie et il apportera en quelques sortes à la Suisse une version modernisée de la concordance. De "pragmatique" celle-ci deviendra mobilisatrice, impliquera des engagements clairs et durables et sera enfin compréhensible pour les citoyens.

Chacun devrait saisir qu'un tel contrat constituera l'arme la plus efficace aux mains du PDC et du PRD dans la lutte menée par ces deux partis contre l'ogre UDC. Il fournira aussi aux habitants du pays la garantie que, comme ils le souhaitent viscéralement depuis toujours, la Suisse sera gouvernée au centre-droit et non à l'extrême-droite. Car le contrat de législature pourra seulement voir le jour à la condition que l'UDC renonce dans sa formulation à ses thèses excessivement nationalistes, des thèses au demeurant très minoritaires dans le pays et qui forment le seul domaine politique inacceptable et non négociable pour les deux autres partis bourgeois. A l'évidence, l'élaboration de cette plateforme sera rude, aprement négociée, mais elle mettra en lumière la vigueur, la résilience et la santé du pays.

Certains trouveront dans ce scénario, qui de facto met fin à la présence du PS au sein du Conseil fédéral, des sujets d'inquiétude. Notamment la crainte d'un abus par la minorité des droits populaires et la multiplication des référendums contre les décisions de la majorité. Parions que ces manifestations ne nuiront pas davantage qu'aujourd'hui à la bonne marche du pays, tant il est vrai que dans la constellation actuelle le PS, en dépit de ses deux ministres, se révèle déjà dans la rue l'opposant régulier et le plus fréquent aux décisions des chambres fédérales.

Existe-t-il des alternatives à ce scénario ? Oui, on peut en imaginer deux.

L'un, quelque peu farfelu, qui consisterait à gouverner sans l'UDC. C'est l'idée avancée récemment en illustration de ce qu'il appelle "une nouvelle formule magique républicaine (!)" par Jean-François Mabut. Il verrait un Conseil fédéral composé de deux radicaux, deux PDC, deux socialistes et un Vert. Qui, à part le chroniqueur de la Julie, peut imaginer ces quatre partis se mettant d'accord sur autre chose qu'un semblant de programme commun ? Un seul exemple : comment concilier dans le contexte actuel des finances publiques des socialistes qui rêvent d'un Etat ample, généreux, largement financé par l'impôt et le PRD qui exige un Etat fort, efficace, parcimonieux ?

Le second scénario, celui qui habituellement triomphe chez nous, est celui du statu quo, du conservatisme, du consensus mou, des accords de coulisses partisans, d'une culture de l'absence de risques et de ruptures, celui qui rend la politique helvétique si opaque et si peu attrayante aux yeux de nos concitoyens.

L'ouverture du PDC constitue un grand progrès. Nos élus ont désormais le choix. En seront-ils dignes ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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