Je la connais la musique...

  • "Notre santé vaut plus que leurs profits"

    Imprimer

    C’est le slogan à la mode en ces temps de pandémie. Mais comment faut-il l’interpréter ? que signifie-t-il vraiment dans l’esprit de ceux qui le véhiculent ?

    Chez ceux qui vitupèrent sur les réseaux sociaux et dans les médias que « notre santé vaut plus que leurs profits », se manifeste généralement une profonde méconnaissance des rouages de notre une société moderne, une grande incompréhension des équilibres, des solidarités profondes et des interactions imperceptibles qui mêlent les générations et les classes.

    Cette méconnaissance et cette incompréhension est frappante chez certains médecins généralistes qui exigent un confinement général. Chez les syndicalistes qui réclament la fermeture de toutes les entreprises « non essentielle » et veulent empêcher les apprentis de continuer à apprendre par souci d’égalité avec les écoliers privés d’école. Même chez quelques politiciens qui, au prétexte de la protection absolue des travailleurs et des citoyens, veulent mettre un terme aux déplacements des frontaliers dont vit la Suisse.

    Les activistes qui préconisent ces interdictions semblent ne pas se rendre compte qu’il est nécessaire, pendant la crise et pour en préparer la sortie, que le plus grand nombre possible de producteurs et de commerçants ne ferment pas boutique. D’abord parce qu’un homme et une femme au travail, à condition qu’ils se protègent efficacement, sont bien plus heureux que si on les confine. Ensuite parce qu’il s’agit d’éviter un effondrement de notre tissu économique et de préserver le plus d’emplois possibles, notamment ceux des classes sociales les moins favorisées.

    Il y ceux aussi qui se réjouissent de la chute vertigineuse des bourses dans laquelle ils voient une sorte de « justice divine ». Ce serait le prix que le ciel ferait payer aux banquiers et aux riches. Cette Schadenfreude révèle un aveuglement consternant puisque les principales victimes de la crise boursière ne sont ni ceux-ci ni ceux-là (ils s’en remettront aisément) mais bien les petits épargnants et les caisses de pension qui risquent de voir leur fortune s’évaporer et les rentes qu’elles nous ont promises mises en péril.  

    Notre santé, certes, même celle du plus faible d’entre nous. Mais en nous rappelant avec les professeur Raoult que « ce n’est pas le virus qui tue, ce sont les pathologies chroniques qui peuvent le rendre fatal ». Et pas en mettant la Suisse sous cloche au risque de casser les ressorts économiques de notre société.

    Pierre Kunz

    Lien permanent 8 commentaires
  • Fallait-il vraiment fermer les chantiers ?

    Imprimer

    On peut s'interroger quant aux véritables motifs ayant conduit les gouvernements genevois et vaudois à exiger la fermeture de tous les chantiers des deux cantons.

    On notera en premier lieu que cet interventionnisme s'écarte des prescriptions fédérales qui laissent aux responsables des entreprises, s'ils entendent poursuivre leurs activités, de prendre les dispositions requises par la santé de leur personnel.

    Précisément, la protection des travailleurs est l'argument utilisé par les syndicats, patronaux et ouvriers. On remarquera tout de même que la population concernée (moyenne d'âge de moins de 45 ans) n'est pas particulièrement à risque, pas davantage en tous cas que les employés des stations-essence, les transports et des commerces alimentaires par exemple. Au surplus, la promiscuité du personnel sur les chantiers est en général plus faible que dans les professions susmentionnées.

    Se pourrait-il donc que la décision des deux gouvernements relève plus de l'opportunisme politique que de la raison ? qu'il y ait une autre motivation à l'activisme des patrons et des syndicalistes qui ont convaincu les deux gouvernements d'agir ? par exemple la facilité que représente le pactole libéré par la Confédération pour indemniser le chômage technique décrété par les entreprises ?

    Quoi qu'il en soit, il est peu probable que le personnel concerné, qui travaille généralement au grand air, soit très heureux de se retrouver dès lundi prochain confiné à la maison, lui qui est pourtant conscient, comme tous les travailleurs demeurant à leur poste, des enjeux sanitaires et qui sait "tenir ses distances".

    Sans compter que plus l'économie ressortira cassée de l'épreuve que nous vivons, plus le retour à la normale sera long et douloureux. Le but de nos autorités devrait donc être aussi de soutenir, en particulier dans le secteur de la construction, les entreprises qui peuvent éviter le "shut down" sans mettre en péril la santé de leurs employés.

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 4 commentaires
  • Covid-19 ; préserver et sauver le plus faible d'entre nous

    Imprimer

    Contrairement à ce que nous laisse penser la mobilisation générale décrétée par le Conseil fédéral, contrairement à ce qu’affirmait Macron jeudi dernier, le Covid-19 ne constitue certainement pas la plus grave menace sanitaire depuis un siècle. C’est ce qu’on réalise lorsqu’on consulte les archives relatives aux pandémies du même type que celle que nous affrontons. Celles-ci ont été autrement plus meurtrières que l’actuelle, en tous cas si l’on en croit les prévisions y relatives des spécialistes. Qu’on en juge.

    La fameuse grippe espagnole a fait entre 1918 et 1919 plus de trente millions de morts dans le monde. S’agissant simplement de Genève, Benjamin Chaix souligne dans la TdG de ce jour les dégâts humains (25'000 personnes atteintes, plus de 3000 décès sur les 176'000 habitants du canton) qu’elle y a engendrés à cause de l’espèce de fatalisme voire de l’indifférence qui régnait alors dans le canton. Cette pandémie, comme les précédentes, restait pour nos aïeux dans l’ordre des choses, eux qui à l’époque ne savaient même pas comment se transmettait la maladie ni pourquoi elle tuait

    On se rappelle aussi la grippe dite "asiatique" de 1957 qui a touché des millions de personnes sur la planète et, rien que dans l'Hexagone, a causé la mort de 100'000 personnes. On se souvient encore d’une autre grippe du même type, qui en 1968/69 a tué entre 2 et 3 millions d’êtres humains et été à l'origine de 338'000 morts aux USA et de 17'000 en France.

    Dans ces deux cas également, les interventions publiques sont demeurées quasi-inexistantes.

    Heureusement, les connaissances scientifiques sur les maladies virales se sont spectaculairement accrues. Nous savons désormais non seulement que nous pouvons faire face à ce type de pandémie mais aussi ce que nous devons entreprendre pour limiter leurs effets dramatiques sur nos sociétés. En 2020, nous comprenons donc pourquoi les autorités politiques et sanitaires nous mobilisent et nous l’acceptons.

    D’aucuns se demandent peut-être, cyniquement, si les conséquences et le coût colossal de tous les bouleversements et restrictions qui nous sont imposés au plan social et économique se justifient. Après tout, dans le passé, la pandémie se résorbait naturellement après quelques temps, au prix certes de quelques centaines ou milliers de victimes, mais sans perturber la vie de nos sociétés.

    Ceux qui posent le problème ainsi ont oublié ce qui constitue l’essence de notre civilisation. « La tradition occidentale, disait Louis Pauwels, voit le centre de tout dans la personne ». Elle impose dans la situation que nous subissons, puisque désormais nous en avons les moyens, les efforts de tous pour préserver et sauver le plus faible d’entre nous.


    Pierre Kunz

     

     

    Lien permanent 13 commentaires
  • Comment les Américains peuvent-ils voter Sanders ?

    Imprimer

    Les observateurs de la vie économique, politique et sociale américaine connaissent la méfiance que toutes les classes sociales de la société éprouvent depuis 1776 à l’égard des idées socialistes et de l’Etat providence cher aux Européens. Ces observateurs se trouvent donc bien démunis lorsqu’ils essaient de comprendre, comment Bernie Sanders, qui affiche des idées qui ne dépareraient pas la panoplie des thèses des socialistes helvétiques, parvient à mobiliser des foules et des sommes considérables à l’appui de sa candidature à la présidence des USA.

    Joseph Stiglitz apporte dans son dernier ouvrage (*) une réponse convaincante à ces interrogations. Interpellant le peuple américain, il y dresse un sombre tableau de la situation extrêmement dégradée dans laquelle vivent nombre de ses concitoyens. Depuis une quarantaine d’années, écrit-il, l’ascenseur social fonctionne de moins en moins, le système scolaire est gravement défaillant, la discrimination raciale et de classes reste forte, le niveau des bas salaires stagne, la croissance ne profite qu’à une minorité des citoyens. Plus choquant encore, « dans le pays le plus riche du monde » l’espérance de vie est en baisse.

    L’économiste discerne deux grandes causes à cette situation.

    En premier lieu, il stigmatise la politique fiscale menée depuis les années 1980 par les autorités successives. Elle a consisté à exonérer massivement les revenus des classes les plus aisées, celle des grands entrepreneurs principalement, au prétexte qu’elles investiraient dans la production et l’emploi. Or le peuple américain découvre aujourd’hui que ces gains fiscaux n’ont pas été équitablement réinvestis dans la société et qu’ils ont largement été utilisés à des fins de spéculation financière.

    En second lieu, Stiglitz, sans remettre en cause les grands objectifs de la mondialisation, souligne qu’elle a été conduite de manière excessivement rapide et malhonnête. Les multinationales et le secteur financier ont été notoirement avantagés au détriment du niveau de vie de la main d’œuvre insuffisamment qualifiée du pays. Pour l’auteur, dans la grande empoignade mondiale, les autorités ont clairement failli dans leur responsabilité d’accompagner et d’aider les Américains mal armés car insuffisamment qualifiés.

    On comprend à l’éclairage de ces constats que la masse importante d’électeurs américains qui en sont les victimes, ne fasse plus confiance aux élites de Washington qui, depuis l’ère Carter, n’ont cessé de se discréditer. Pas étonnant donc qu’elle se tourne vers un homme qui, reprenant une bonne partie des thèses de Stiglitz, propose un programme ancré très à gauche que, voici une décennie encore, aucun média et aucun acteur politique n’aurait pris au sérieux.

    Sanders n’a pratiquement aucune chance d’être désigné par son parti pour affronter Trump en novembre prochain. Mais serait surprenant que son combat ne marque pas durablement la vie politique et sociale américaine.

    Pierre Kunz

    (*) Joseph Stiglitz, « Peuple, pouvoir & profits », 2019

    Lien permanent 8 commentaires
  • Les seniors, chouchous de l'Etat social

    Imprimer

    Est-ce parce que les seniors représentent un électorat souvent déterminant ou s’agit-il d’une honnête préoccupation pour les problèmes propres à cette catégorie de la population ? Toujours est-il que nos élus, à Berne comme dans les cantons, leur attachent un intérêt vif et constant.  A tel point que les aînés sont devenus les « chouchous » de l’Etat social.

    On ne saurait évidemment contester les bienfaits de l’AVS au milieu du siècle dernier afin de garantir une retraite et une fin de vie dignes aux aînés. Il se trouve pourtant qu’au cours des dernières décennies notre société a grandement changé. Grâce à l’introduction du 2ème pilier, aux multiples mesures prises dans la loi et les entreprises afin de protéger les travailleurs âgés, le niveau de vie des seniors s’est fortement amélioré. Au surplus, ils bénéficient désormais d’un nombre considérable de petits et de grands privilèges dans la vie de tous les jours sur présentation de leur carte AVS : rabais sur le prix des activités culturelles et sportives, sur celui des transports publics, etc.

    Par ailleurs, ce ne sont pas les pensionnés qui subissent les conséquences de l’assainissement des caisses de pension mais bien les actifs. Il en va de même avec les coûts de la santé qui, au nom de la « solidarité intergénérationnelle » sont supportés, par les jeunes générations, largement au profit des personnes âgées. Enfin, en matière de logement, les aînés bénéficient, parce qu’ils y vivent depuis longtemps, d’appartements dont les loyers sont très inférieurs à ceux que les jeunes sont obligés d’accepter.

    Et voilà que les Chambres fédérales envisagent une nouvelle mesure sociale, en l’occurrence une « rente-pont », destinée exclusivement aux chômeurs âgés. Comme le rappelle Jérôme Cosandey dans un excellent papier daté du 27 février dernier, « la proportion de chômeurs de longue durée est certes deux fois plus élevée chez les travailleurs de 55 ans et plus que chez les jeunes. Mais contrairement à ce qui se dit, les personnes âgées perdent moins souvent leur emploi que ces derniers. Selon le SECO, le plus grand risque de perdre son emploi et d’arriver en fin de droit n’est pas pour eux ; il est supporté par les personnes de 25 à 34 ans ».

    L’argument qui motive les députés soutenant ce projet reste le même qu’en 1947 : il s’agit d’assurer « un vieillissement digne à chacun ». Mais dans le contexte actuel la rente promise prend la couleur de la facilité et de la démagogie. Au lieu d’aider les chômeurs à conserver leur dignité en leur ouvrant davantage les portes d’une participation à la vie active, l’Etat s’apprête en ouvrant sa bourse à les faire glisser dans une dépendance accrue.

    Pierre Kunz

     

     

     

    Lien permanent 5 commentaires
  • Qui a peur de la libre circulation des personnes ?

    Imprimer

     

    La plus désastreuse des décisions prises par les « têtes pensantes » de l’Union européenne est sans conteste la création de la monnaie unique. Il en est une autre presque aussi stupide, aujourd’hui lourde de conséquences, à savoir la libre circulation des personnes, dont les racines plongent dans l’idéalisme des pères fondateurs de l’UE.

    Celle-ci est perçue de plus en plus par les Européens comme une source d’insécurité. Même si ce sentiment n’est encore guère avoué par les élites pro-européennes, la question devient chaque mois, socialement et politiquement, davantage prégnante voire explosive.

    Un article paru récemment dans les médias montre de manière frappante les effets néfastes de la liberté de circulation telle qu’elle se concrétise en ce début de 20ème siècle. Autour de Genève : 44 % des actifs du Genevois français travaillent dans la riche Genève. Le département s’en trouve socialement déséquilibré et l’avenir de moult entreprises établies en France voisine se voit compromis, elles qui se font siphonner le personnel qualifié qu’elles ont formé.

    De telles situations, tout aussi insupportables durablement, sont observables en nombre dans toute l’UE. C’est ainsi que la Grande Bretagne s’est sentie submergée, avec les conséquences que l’on sait, par les travailleurs venus de toute l’Europe. Les Polonais qualifiés continuent d’émigrer et le pays est obligé, pour les remplacer, d’importer de la main d’œuvre ukrainienne et bulgare. Les médecins allemands et roumains quittent le pays qui les a formés, privant les patients de leurs compétences. Etc.

    La Suisse est concernée elle aussi, depuis une vingtaine d’années, par le défi de la libre circulation. Mais contrairement à ce que certains milieux helvétiques veulent nous faire croire, les diplomates, les autorités et les partenaires sociaux ont su habilement, grâce aux mesures d’accompagnement, protéger l’équilibre social du pays.

    Ainsi, dans les faits, les dangers politiques et sociaux de la libre circulation s’avèrent bien plus lourds au sein de l’UE que chez nous. A tel point que l’on voit mal comment, dans les années à venir, cette liberté, qui ne correspond plus aux impératifs de notre temps, pourrait ne pas être restreinte, probablement selon un modèle identique à celui, fondé sur des quotas, que vient d’annoncer la Grand Bretagne. Voilà qui conviendra fort bien à la Suisse.

    Dans ces conditions, il apparaît d’autant plus stupide de mettre les bilatérales en péril en acceptant le 17 mai l’initiative de l’UDC dite « pour une immigration limitée ». 

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 18 commentaires
  • Anker chez Gianadda

    Imprimer

    Pour ceux qui sont sensibles à la peinture, il y a bien sûr Hopper à la Fondation Beyeler. Mais il y a aussi Anker à la Fondation Gianadda.

    En ce début d’année, celle-ci a accroché à ses cimaises la très riche collection d’œuvres suisses assemblée par Christophe Blocher, admirateur et collectionneur compulsif des tableaux de Anker, mais aussi de Hodler, Vallotton, Dietrich, Giacometti, d’autres encore.

    Il s’agit d’une exposition somptueuse qu’il faut absolument visiter. Pour découvrir certes la richesse de l’art pictural helvétique, mais aussi et surtout pour se laisser émouvoir, en particulier par la finesse, la méticulosité quasi photographique et la tendresse bouleversante des portraits réalisés par Anker au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle. Les portraits de l’artiste bernois, ceux des enfants, sérieux, et des vieillards appliqués, ne respirent pas la gaieté. Ils nous attendrissent car à travers eux nous percevons la vie qu’affrontaient encore nos ancêtres voici un siècle et demi. Une existence de labeurs, frugale, lente, remplie d’incertitudes.

    C’était une Suisse agricole, qui pourtant souffrait fréquemment de disette et qui conservait le souvenir vivace de la famine qui, en 1816, avait frappé les populations du pays. Une Suisse, humble, misérable même, dont 500'000 habitants, chassés par la pauvreté, ont été forcé d’émigrer durant ce siècle.

    On l’aura compris, les tableaux de Anker ne sont pas seulement magnifiques. Ils nous transportent. Ils nous ramènent à nos racines et éclairent une tranche de notre histoire.

    Pierre Kunz

     

     

    Lien permanent 2 commentaires
  • Genève, une législature déjà perdue

    Imprimer

    Relire aujourd’hui, à la fin du premier tiers de la législature, le discours de Saint-Pierre et le programme de législature 2018-2023 du Conseil d’Etat constitue un exercice aussi amusant que désespérant. Amusant à cause de l’emphase des propos figurant dans ces documents et d’un lyrisme qui fait sourire au regard de la situation du canton en ce début 2020. Désespérant, parce qu’en cette fin janvier 2020 on s’aperçoit que, si l’on excepte les grands travaux lancés et les grands enjeux définis par les gouvernements précédents (loi sur la laïcité, Papyrus, extension du réseau TPG), aucune des réformes promises en 2018 n’a été lancée.

    Rien donc, d’ici au printemps 2023, ne sera réalisé. Nous ne verrons pas d’ici-là la nouvelle patinoire, ni la prison des Dardelles, ni la première pierre des nouveaux quartiers du PAV, des Cherpines, de Bernex. Nous ne verrons probablement pas non plus la concrétisation de la réforme annoncée des services de protection de la jeunesse et des adultes.

    Les finances cantonales sont au plus mal. Les engagements hors bilan ajoutés à la dette comptabilisée dépassent le seuil des 20 milliards de francs. Les dépenses de fonctionnement continuent de croître systématiquement plus rapidement que les revenus. Le budget 2020 présenté par le gouvernement est catastrophique (600 millions de déficit) et, en dépit des circonstances (baisse de la fiscalité des entreprise et recapitalisation de la CPEG), il ne marque aucune volonté d’en finir avec la croissance démesurée des charges de fonctionnement. Pour le faire « entrer dans les clous de la loi », le Conseil d’Etat en a été réduit, paroxysme de la mauvaise gestion, à accepter la suspension du frein au déficit.

    Dans le domaine des dépenses de fonctionnement, les réformes promises pour freiner l’évolution désastreuse de l’administration publique sont en effet restées lettre morte : la modernisation de l’échelle des salaires SCORE a été enfoui dans un tiroir ; celle du statut des fonctionnaires n’a même pas été ébauchée ; la mutation annoncée des relations canton-commune n’a pas leur avancé d’un cran.

    Au plan politique, le gouvernement s’est révélé incapable de faire vivre le programme de législature 2018-2023 dont il s’est doté et que les partis gouvernementaux (PS, PDC, Verts, MCG et PLR) s’étaient engagés à soutenir. Ce programme a donc rapidement volé en éclats : les députés socialistes, verts, MCG et PLR ont tour à tour trahi leurs engagements en s’opposant au gouvernement sur la réforme fiscale des entreprises, sur la réforme de la caisse de pension de la fonction publique et sur le budget 2020.

    Le Conseil d’Etat, malgré la masse de juristes dont il s’est entouré, se fait régulièrement « retoqué » par les autorités judiciaires : la planification hospitalière qu’il visait a échoué devant le Tribunal administratif fédéral ; la Cour de Justice l’a désavoué s’agissant de la question des annuités du personnel de l’Etat ; la même Cour de Justice a cassé son projet d’internalisation des prestations dans les EMS.

    Passif sur grands enjeux, le Conseil d’Etat, depuis 20 mois, s’est montré par contre beaucoup trop disert et visible sur les questions populistes et les faux problèmes : guéguerres internes ; inauguration en grande pompe du Léman Express ; catapultage sur la place publique d’un crédit de 20 millions pour des tablettes numériques scolaires ; introduction d’un macaron anti-pollution ; soutien au sketch imaginé par la Ville de « dégenrer » les panneaux piétons ; opposition à la 5G et aux abattages d’arbres par le biais de moratoires d’ailleurs inopérants.

    Le discours d’investiture du Conseil d’Etat, le 31 mai 2018, se terminait sur cette exhortation : « Le peuple nous demande de chercher l'entente et le dialogue. Il est fatigué des luttes stériles. Les illusionnistes ne font plus recette. Le peuple veut que ses autorités travaillent ».

    Manifestement, c’est raté.

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 0 commentaire
  • L'autoritarisme pour sauver l'humanité ?

    Imprimer

    Tim Jackson est un intellectuel anglais auteur d’un livre intitulé « Prospérité sans croissance ». L’auteur y constate que le capitalisme moderne, fondé sur la croissance, est malsain car il oriente les individus vers l’individualisme, le matérialisme et le consumérisme. Il affirme par ailleurs que ce système économique, malgré les prouesses scientifiques de l’humanité, ne permettra pas à celle-ci de surmonter simultanément ses quatre grands défis actuels : conservation du niveau de vie de l’Occident, augmentation de la population de la planète, éradication de la pauvreté dans le monde et lutte pour la protection du climat, des ressources naturelles et de la biodiversité. 

    Convenons-en, le constat de Tim Jackson sur la société occidentale d’aujourd’hui n’est contestable que sur des points de détail. Par contre rejetons son affirmation, qu’il ne parvient pas d’ailleurs à justifier, que la société libérale et capitaliste serait incapable d’affronter ses défis humanitaires et environnementaux. 

    Anticapitaliste, Tim Jackson imagine une société et une économie nouvelles qui seules selon lui pourraient faire face aux impératifs environnementaux tout en garantissant la prospérité et le bien-être des gens. A cette fin il remet en cause toutes les notions intégrées par nos sociétés depuis les Lumières. L’entreprise devient une sorte de service public ; le progrès et la croissance sont remplacés par la sobriété matérielle et « la bonne vie » ; la réussite matérielle est dévalorisée. 

    Tim Jackson, à l’appui de son projet rousseauiste, forge l’hypothèse que les individus, retrouvant la sagesse, seront heureux de passer de la société consumériste à la frugalité, cela en contrepartie des « capacités d’épanouissement » que la nouvelle société est supposée leur apporter. Pourtant, il ne croit pas vraiment à cette sagesse du peuple. Comment se comportera-t-il lorsque celui-ci se trouvera confronté aux effets d’un Etat privé d’une grande partie de ses ressources par l’érosion de ses revenus, avec l’austérité et l’instabilité qui en découleront immanquablement ? 

    Dès lors, il juge indispensable que « les gouvernements s’engagent afin de transformer la logique sociale du consumérisme, qu’ils poussent les peuples à accepter les bonnes décisions à long terme ». Et il ajoute que « dans les faits le régime nouveau imposerait des dispositifs privilégiant les choix sociaux définis a priori. Il serait fondé à interdire les impacts structurels pernicieux qui accroissent les inégalités et réduisent le bien-être ». 

    Autrement dit, au prétexte de l’urgence climatique et du consumérisme débilitant, Tim Jackson nous invite à accepter l’instauration d’une société qui s’écarte peu du totalitarisme. Il n’est pas isolé. Nombre d’écologiste partagent cette ambition. 

    Méfions-nous des cassandres et des collapsologues qui instillent la peur et qui l’exploite dans de tels buts. Conservons plutôt optimisme et confiance en la capacité de l’humanité de résoudre, comme elle l’a toujours fait, les problèmes, sérieux certes, qui se posent à nous aujourd’hui. Ne nous en remettons pas à un régime autoritaire qui nous entraînerait sur la voie de l’austérité. Continuons au contraire à croire en la liberté et l’initiative individuelle. Veillons, dans notre cadre démocratique, à borner l’économie de marché là où cela est nécessaire afin que cette dernière continue à contribuer à la richesse générale tout en sauvegardant les ressources de la planète. Rien à ce jour n’a prouvé que cela serait impossible. 

    Pierre Kunz

     

     

    Lien permanent 2 commentaires
  • La détresse des Soraliens et l’inaction du Conseil d’Etat

    Imprimer

    C’est un véritable calvaire que vivent les habitants de Soral depuis une vingtaine d’années. 

    Pourquoi ? Parce que notre Conseil d’Etat, probablement pour plaire aux Verts et se pavaner sur un sujet à la mode, préfère se donner un peu de vernis écolo en intervenant à coups de vignettes sur la qualité de l’air (qui n’a pourtant jamais été meilleur) en centre-ville. Parce que, incapable de faire face à ses responsabilités, manquant de détermination et d’ambition, discourant beaucoup mais n’agissant pas, il reporte lors de chaque législature le traitement de la problématique du scandaleux trafic des pendulaires à Soral, à savoir 10 à 12'000 mouvements journaliers à travers le village.

    Rappelons-nous toutes les études et pseudo-études annoncées depuis vingt ans, par le Conseil d’Etat. Souvenons-nous de toutes les promesses, jamais tenues, qu’il a faites aux Soraliens durant toutes ces dernières années. Demandons-nous dans quels tiroirs sont tombés les multiples projets de routes d’évitements qui ont été envisagés par les services de l’Etat. Et concluons : le canton de Genève n’est plus gouverné depuis longtemps dans l’intérêt de ses citoyens, il est juste vaguement, et pas de la meilleure manière, administré.

    Au bout du lac le monde politique aime se glorifier du « Grand Genève ». Mais il est incapable depuis des décennies, de construire, sur des terres inhabitées, quelques hectomètres de route d’évitement au profit de villageois exaspérés. Alors qu’en Chine, pour faire face aux conséquences potentielles du coronavirus, les autorités sont en mesure, elles, de décider, dans l’urgence, la construction d’un hôpital de 1000 lits et de le réaliser en … deux semaines.

    « Meunier tu dors … »

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 0 commentaire
  • La propagande trompeuse d'Oxfam

    Imprimer

    Le chiffre affiché par l’ONG Oxfam selon lequel « 2153 milliardaires détiendraient plus d’argent (autrement dit de patrimoine ou de fortune) que 60 % de l’humanité » est certes spectaculaire mais il n'est pas correct de ne pas le nuancer et de ne pas le mettre en perspective. Pour s’en persuader il suffit une fois encore de se référer à Thomas Piketty. C’est pour sûr un marxiste mais lui est honnête.

    Voici comment ce dernier recense la répartition des patrimoines européens aujourd’hui :

    • la part détenue par les 10 % les plus riches s’élève aujourd’hui à 55 % (contre 50 % en 1980 et 90 % en 1914).
    • la part des 50 % les plus pauvres se situe à 7 % (contre 10 % en 1980 et 2 % en 1914).
    • la part des 40 % du milieu, soit les classes moyennes, atteint 38 % (contre 40 % en 1980 et 8 % en 1914).

    Quant à la sous-catégorie du 1 % des hyper-riches, soit en gros les milliardaires, ils en possèdent 22 % (contre 18 % en 1980 et 50 % en 1914)

    Pour être juste, il faut noter qu’aux USA les riches et les milliardaires ont fortement accru leurs patrimoines au cours des 5 ou 6 dernières décennies sous l’effet des baisses d’impôts scandaleuses et ridicules dont ils ont bénéficié.

    Mais il n’en reste pas moins que la répartition des patrimoines (c’est le cas aussi de celle des revenus) est devenue nettement plus égalitaire depuis un siècle, cela principalement grâce à l’augmentation du niveau de vie de toutes les couches des populations. C’est particulièrement vrai en Europe et ça l’est aussi aux USA. Certes dans les pays en développement et parmi ceux qui accèdent depuis quelques années à l’opulence, les inégalités entre les hyper-riches et les plus pauvres sont souvent injustifiables, surtout vues de l’Occident.

    L’ONG, par souci d’honnêteté, aurait dû souligner aussi que les milliardaires dont elle parle ne sont pas des salopards assis sur leurs tas d’or. C’est vrai, ils ne contribuent pas partout suffisamment par leurs impôts au bon fonctionnement de l’Etat, constat qui résulte en premier lieu de l’impéritie des gouvernements. Mais on ne saurait nier que Jeff Bezos, Bill Gates et consorts sont les actionnaires de sociétés qu’ils ont créées et que celles-ci ont généré des millions d’emplois à travers le monde.

    Quant à l’interprétation du pavé d’Oxfam qu’en font l’ONG et les médias en insistant sur les inégalités qui partout perturberaient le bon fonctionnement du monde, elle est ridicule. Contrairement à ce qu’ils prétendent avec une légèreté coupable, les « 2153 milliardaires » n’ont rien à voir avec les discriminations faites aux femmes. Ni avec les jacqueries des gilets jaunes et des syndicats français ou les troubles qui secouent le Liban, Hong Kong et Santiago du Chili.

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 4 commentaires
  • "Temps présent" ou le besoin de faire peur

    Imprimer

    "Temps présent" constitue une parfaite illustration du besoin qu’éprouvent une bonne partie des médias de faire naître puis de cultiver l’angoisse au sein de la population. Cela dans le but évident de gonfler l’audimat.

    L’émission que "Temps présent" a fait défiler jeudi soir sur les écrans en témoigne. Il s’agissait pour ses animateurs d’attirer l’attention des Genevois, surtout dans certains quartiers, sur les « immenses » dangers qu’ils courent en respirant, un air « scandaleusement saturé de dioxyde de carbone et de particules fines ».

    L’émission, on l’a ressenti à travers tout l’enchaînement des images et des propos diffusés, visait un but clair : démontrer la gravité d’une situation que les réalisateurs avaient a priori définie comme telle. A cette fin ils se sont ingénié à agencer et à formater, autrement dit à restreindre aux extraits les plus susceptibles de soutenir la thèse susmentionnée, les déclarations des participants. Particulièrement révélatrice, l’interview du médecin qui s’est exprimé : à entendre ses explications, très certainement largement amputées, les Genevois habitants au bord de certaines rues ont déjà un pied dans la tombe.

    Le goût des animateurs pour le sensationnel et le besoin de frapper les esprits ne s’est embarrassé d’aucune nuance ni d’un minimum d’objectivité. Par exemple, on aurait dû rappeler, par souci d’équilibre, le contenu des rapports du ROPAG (Réseau d’Observation de la Pollution de l’Air à Genève). Ceux-ci montrent que la qualité de l’air s’améliore continuellement à Genève. Pour les poussières fines les limites légales sont respectées depuis plusieurs années. S’agissant du dioxyde d’azote, les taux baissent régulièrement et ne restent que légèrement au-dessus des valeurs limites fédérales. Enfin, les concentrations excessives d’ozone sont rares, limitées aux journées caniculaires, et ne concernent quasiment pas les milieux urbains.

    Il est vrai que le directeur de ce service, interrogé, aurait dû insister lui-même sur les constats de ses collaborateurs. Il ne l’a pas fait mais allez savoir si ses propos n’ont pas été supprimés.

    Quoi qu'il en soit, ce fut une émission indigne d'un journalisme de qualité.

    Pierre Kunz

     

    Lien permanent 12 commentaires
  • Inégalités. Les contre-vérités de Maillard

    Imprimer

    La gauche claironne régulièrement les slogans du moment : « les inégalités de revenus et de patrimoines se creusent, les pauvres sont de plus en plus pauvres ». Quant aux médias, ils se contentent trop souvent de relayer ces affirmations sans les vérifier. Problème : elles sont fausses.

    Laissons de côté dans ce texte la question des patrimoines et concentrons-nous aujourd’hui sur les revenus en nous fondant sur les chiffres recensés et publiés récemment par Piketty (*). Qu’en ressort-il ?

    En Europe de l’ouest, seul le 1% des hyper-riches a profité scandaleusement de la situation. La part des 10 % les plus riches dans le total des revenus nationaux a certes augmenté un peu entre 1980 et 2019 de 30 à 33 %. (Deux chiffres qui demeurent néanmoins très éloignés de celui de 1914, soit 50 %).

    Mais cette captation ne s’est pas faite au détriment des 50 % les plus pauvres de la population. La part des revenus de ceux-ci dans les totaux nationaux s’élevait en effet à 22 % en 1980 et elle est restée inchangée en 2019. (A noter qu’au début du 20ème siècle elle n’était que de 15 %).

    Ceux qui ont vu leur part se réduire sont les 40 % des classes du milieu, soit les classes moyennes. Leur part s’est abaissée de 48 à 45 % entre 1980 et 2019. Voilà qui reste loin de l’effondrement qu’on nous dépeint. (Surtout si l’on se souvient qu’au début du 20ème siècle cette part ne s’élevait qu’à 35 %).

    Ces chiffres réconfortants doivent au surplus s’accompagner du rappel qu’entre 1980 et 2019 le pouvoir d’achat des ménages s’est accru de l’ordre de 30 à 80 % suivant les pays et que les prestations sociales distribuées n’ont cessé de croître. Les chiffres helvétiques, fournis par l’OFS, concernant la période 1995 à 2018, sont éloquents :

    • le revenu des ménages a augmenté de 66 %
    • les prestations sociales ont bondi de 123 %
    • alors que la population n’a grossi que de 16 % et que l’inflation totale de la période n’a même pas atteint 10 %

    Ainsi donc, prétendre, comme l’a fait Maillard dans une interview donnée au Temps vendredi dernier, qu’en Europe et en Suisse « les inégalités de revenus se sont accrues fortement au détriment des plus pauvres et que, la solidarité dans les pays européens, en Suisse notamment, se lézarde » c’est tomber dans les contre-vérités bordant la malhonnêteté. Mais on le sait, l’ancien conseiller d’Etat actuellement élu à Berne et président de l’USS, n’a jamais hésité à manipuler les chiffres et les faits à son avantage et à pousser des boucs émissaires au pilori.

    Pierre Kunz

     (*) Piketty, Idéologie et capital, 2019

    Lien permanent 1 commentaire
  • Climat ; les discours pompeux des intellectuels

    Imprimer

    Les intellectuels français sont probablement les champions du monde des discours abscons, sans portée pratique, qui alignent les poncifs et les mots compliqués comme s’ils parlaient à des ordinateurs. Le dernier exemple de ces personnages, cité dans Le Temps mercredi dernier, est Bernard Stiegler, sociologue, qui entend interpeller la Genève internationale et l’ONU pour repenser la lutte contre le climat.

    Pour justifier la création de son Institut de recherche et d’innovation de Paris, un collectif scientifique transdisciplinaire, et pour présenter ce qu’il entend en faire afin de lutter contre le réchauffement climatique, voici les propos qu’il tient.

    « Face au manque de volonté politique ou à l’apathie ambiante, aux symptômes de la profonde désorientation face aux défis que pose l’ère de l’anthropocène, il faut rechercher un nouveau processus d’expérimentation. L’idée est de trouver de nouvelles solutions démocratiques ancrées dans la réalité du territoire officiant chacun comme des laboratoires ».

    Et il poursuit en exigeant que « les modèles de société et de l’économie soient repensés et que soient échafaudées de nouvelles méthodes de travail qui prennent en compte les questions biologiques, économiques, sociales, politiques et technologiques. Face à la dictature des algorithmes, il faut restaurer le savoir humain ».

    Nous voilà bien avancés ! Comme disait Sieyès, à tant vouloir être profond on en devient creux.

    Pierre Kunz

    Lien permanent 2 commentaires
  • Trump ; ne soyons pas naïfs

    Imprimer

    Au cours des deux dernières années les médias et les experts du café du commerce n’ont cessé de focaliser leur attention et leurs commentaires sur ce qu’ils appelaient les errements du président américain. En les écoutant ou en lisant on comprenait qu’ils pensaient avoir affaire à un déséquilibré. Pourtant ses cibles n’étaient pas nouvelles. Ce qui est nouveau avec Trump, c’est bien moins la politique qu’il fait que son comportement stupéfiant, outrancier, impulsif, et sa manière abusive et malhonnête de communiquer.

    Mais, en termes de réal-politique, les chroniqueurs sérieux qui s’intéressent à la politique américaine savent que Trump fait en général autrement mais rien de plus que ce qu’ont initié ses prédécesseurs : montrer à la Chine qu’elle ne pourra pas continuer à abuser de son statut de « pays en développement », dénucléariser la Corée du Nord, reconnaître officiellement et dans les faits qu’en Palestine l’allié privilégié des USA sont les Israéliens, faire comprendre aux Européens qu’il est temps pour eux d’assumer leur défense, déstabiliser l’Iran autant que faire se peut, etc.

    Ne soyons pas naïfs, Kennedy, Nixon, Clinton, les Bush et Obama ont eux aussi ordonné des assassinats ciblés. Le dernier exemple en date est celui de Ben Laden. Mais, à la différence de la mise à mort de Suleimani par Trump, ces actes étaient mûrement réfléchis et, aux yeux de leurs auteurs, justifiables devant le peuple américain et défendables, si nécessaire, sur la scène internationale.

    Jusqu’au meurtre de Suleimani on pouvait encore croire que les décisions et les actes de Trump étaient fondés sur la raison, sur l’intérêt de l’Amérique et sur les exigences de la réal-politique. Mais le meurtre de Suleimani vient démentir de manière dramatique cette appréciation. Ce meurtre lourd de conséquences est en effet aussi irrationnel qu’injustifiable. Contrairement à Ben Laden ce général n’avait rien à expier, il ne représentait aucune menace sérieuse pour la population américaine. C’était même un allié de l’armée américaine dans sa lutte contre Daesh.

    Il faut en convenir, le seul motif qui a amené Trump à agir avec cette brutalité est électoraliste. En prenant sa décision irresponsable, il n’a songé qu’aux retombées, positives selon lui, sur sa réélection. Cette opération indéfendable, même par ses fidèles, risque bien, au contraire, de précipiter sa descente vers la défaite en novembre prochain.

    Pierre Kunz

    Lien permanent 11 commentaires
  • Jamais l’humanité ne s’est portée aussi bien

    Imprimer

    Jamais l’humanité ne s’est portée aussi bien

    De tous temps les cassandres et les pessimistes culturels ont été plus nombreux et plus verbeux que les optimistes. Et le début du 21ème siècle ne fait pas exception. Le phénomène s’y développe même grâce à des médias condamnés à colporter, en les amplifiant, les mauvaises nouvelles plutôt que les bonnes.

    C’est à longueur de semaines que le GIEC nous met en garde contre le réchauffement climatique, les urbanistes nous alarment en nous assurant les pires difficultés en matière de mobilité, les gourous de la finances nous prédisent la prochaine crise, les populistes nous promettent l’invasion des migrants, les antimusulmans nous annoncent que l’Islam a commencé à déferler sur l’Europe, « A bon entendeur » nous affole avec ses enquêtes alimentaires, les écologistes nous effraient avec leurs mesures de la pollution des sols et de l’air. Etc.

    Heureusement, de temps en temps un intellectuel porteur d’espérance, analyste sérieux des faits et rationnel dans ses conclusions, s’élève au-dessus de la déferlante catastrophiste pour nous montrer qu’en réalité « jamais l’humanité n’a vécu une période aussi paisible et heureuse ». Rappels historiques et chiffres à l’appui, Steven Pinker, professeur de psychologie à l’université de Harvard, nous montre dans son dernier ouvrage (*) que la santé, la prospérité, la sécurité et la paix sont en hausse dans le monde entier.

    C’est ainsi que l’espérance et le niveau de vie ont crû universellement, dans les pays riches comme dans les pays les plus pauvres, le taux d’alphabétisation augmente partout, le sort des enfants s’améliore constamment, les famines endémiques ont disparu, on plante sur la terre plus d’arbres qu’on en brûle, les décès dus aux guerres, aux attentats et aux homicides n’ont jamais été aussi peu élevés, la peine de mort est de moins en moins appliquée, la démocratie et l’égalité des droits poursuivent leurs avances. A preuve, nous dit Pinker, « dans tous les pays qui disposent de données sur le taux de satisfaction et de bonheur, celui-ci progresse ». 

    Ces progrès sont un leg du siècle des Lumières, animés par les idéaux puissants que furent, et sont toujours, la raison, la science et l’humanisme. Certes, de nouvelles difficultés se pressent chaque jour à la porte de l’humanité. Des problèmes anciens subsistent, non encore résolus. Certains sont graves, d’autres moins, mais tous, s’ils sont abordés courageusement et rationnellement, à l’aide des instruments scientifiques dont nous disposons déjà, ou qu’il nous reste à découvrir, sont solubles dans un délai raisonnable et dans l’intérêt de tous.

    Alors, en cette fin d’année et à l’abord de 2020, foin du pessimisme ambiant et des craintes sur l’avenir de l’humanité. Celle-ci, avec les succès que l’on sait, a fait face à des temps et des problèmes autrement plus dramatiques que ceux qui nous préoccupent.

    Joyeux Noël à tous et entrons dans 2020 plein de confiance et d’ambitions !!

    Pierre Kunz

    (*) Steven Pinker, Le Triomphe des Lumières, 2018

    Lien permanent 8 commentaires
  • La Chine et le modèle parlementaire occidental

    Imprimer

    Le dernier ouvrage de Piketty (*) est lourd, assez indigeste, critiquable à bien des points de vue. Néanmoins, il faut reconnaître qu’il apporte une multitude d’informations sérieuses et intéressantes. Voici ce que l’auteur écrit à propos du « modèle » politique et social chinois.

    « Après avoir tiré les leçons des échecs du soviétisme et du maoïsme, le régime entend ne pas répéter les erreurs des démocraties électorales et parlementaires occidentales. La lecture du Global Times (organe officiel) est de ce point de vue très instructive. On y dénonce à longueur de colonnes les dérives nationalistes, xénophobes et séparatistes qui caractériseraient les pays occidentaux, ainsi que le détonnant cocktail de vulgarité, téléréalité et argent-roi auquel semble mener inévitablement les prétendues élections libres et les merveilleuses institutions politiques que l’Occident voudrait imposer au monde. On insiste également sur le respect avec lequel les dirigeants chinois s’adressent à la planète, en particulier aux dirigeants des pays africains qualifiés régulièrement de shit countries par le président des USA, leader supposé du monde dit libre ».

    La part de propagande de ces lignes est évidente. Au surplus, même si les progrès économiques et sociaux du pays sont aussi stupéfiants que solides, la « démocratie à la chinoise » est très loin d’avoir apporté la démonstration de sa supériorité sur la démocratie parlementaire à l’occidentale. Il n’en reste pas moins que la lecture des extraits ci-dessus devrait inciter les pays européens et les Etats-Unis, à s’interroger sur la prétendue supériorité civilisationnelle des démocraties électorales occidentales.   

    Et si l'on s'interroge il conviendrait de le faire aussi à propos de la démagogie à laquelle succombent depuis des décennies les élites politiques des démocraties occidentales et qui les conduit à gérer de manière calamiteuses les ressources mises à leur disposition par les peuples en vue de gérer l’Etat. De s’interroger notamment sur les effets de cette démagogie en la rapportant aux excès d’un Etat-providence qui, au lieu de cultiver les vertus des peuples et de leur d’apporter la sécurité sociale et l’optimisme auxquels ils aspirent, affadit les citoyens et casse leur énergie dans une débauche de prestations et d’aides.

    C’est Louis Pauwels (**) qui, il y a longtemps, a le mieux résumé les dangers et les méfaits de l’Etat-nounou : « Lorsqu’on ne demande plus rien aux faibles, ils ne se demandent plus rien à eux-mêmes. Il leur en vient une hébétude avec un arrière-fond d’angoisse ».

    Pierre Kunz,

    (*) Capital et idéologie, Thomas Piketty, 2019

    (**) Comment l’on devient ce que l’on est, Louis Pauwels, 1978

    Lien permanent 2 commentaires
  • Ouverture à Genève d’un centre de PMA

    Imprimer

    Les médias de ce jour informent les Genevois que les couples touchés par un problème infertilité (10 à 15 % des couples, paraît-il) disposent désormais d’un centre dédié à la procréation médicalement assistée. C’est un progrès, ne serait-ce que parce que ces personnes n’auront plus besoin de se rendre à l’étranger pour bénéficier de ces thérapies.

    Dans les articles concernant ce développement les journalistes n’ont pas encore évoqué la question de l’opportunité d’inscrire ces prestations dans la liste de celles couvertes par la LaMal. Ils se contentent de constater qu’actuellement elles ne le sont pas. Mais cela ne saurait tarder.

    Il s’agira alors de se poser la question « l’enfantement est-il un droit ? ». A l’évidence non, c’est une bénédiction de la vie. Il n’en reste pas moins que, les avis seront très partagés sur la réponse que loi devrait apporter. Et on peut déjà parier qu’en fin de compte les adeptes de l’Etat-providence et de l’égalitarisme feront pencher la balance du côté de la gratuité des traitements. Certains le regretteront pour des raisons essentielles, éthiques, d’autres au motif que l’allongement continuel et incohérent de la liste des soins couverts par la LaMal contribue grandement à la hausse toute aussi continue des primes.

    Cela dit, objectivement, qui pourrait s’opposer à l’inscription des coûts de la PMA sous le chapeau de la LaMal alors que les dépenses liées à un avortement (près de 1000 par an à Genève), même « de confort », sont prises en charge ?

    Pierre Kunz

    Lien permanent 1 commentaire
  • Comment les Etats éteindront leurs dettes colossales

    Imprimer

    Jusqu’au milieu du 20ème siècle, nous dit Piketty dans son dernier ouvrage (*), les Etats s’endettaient pour faire la guerre. Depuis, ils accumulent les dettes pour faire face aux dépenses de l’Etat-providence (éducation, santé, social). Un jour, dans les deux cas, se posa, se posera, la question du remboursement de ces dettes.

    L’histoire le montre : pour sortir d’un endettement qu’ils ne peuvent plus assumer, les Etats recourent à trois expédients : la banqueroute, l’inflation accompagnée d’une dévaluation, l’impôt exceptionnel. Toutes méthodes destinées à « tondre l’épargnant prêteur ».

    Il est rare qu’un pays se déclare en faillite. Le dernier cas recensé est celui de la France révolutionnaire qui a décrété, en 1797, qu’elle ne reconnaissait plus qu’un tiers des dettes qu’avait accumulées l’Ancien régime.

    Au 20ème siècle, les Etats européens ont surtout recouru à l’inflation et aux dévaluations. La France et l’Allemagne furent des utilisatrices régulières de la méthode. Au total, entre 1914 et 1950, l’inflation dépassa 13 % par an en moyenne en France et atteignit 17 % en Allemagne. On comprend qu’à ce rythme, la situation du débiteur public se soit trouvée rapidement améliorée. Tant pis pour les créanciers, petits ou institutionnels.

    Mais pour « solder le passé et construire la justice" », comme l’écrit Piketty, rien ne vaut le prélèvement fiscal « exceptionnel ». S’inspirant des exemples de l’Italie, l’Autriche et le Hongrie (taux variant entre 10 et 50 %), entre 1919 et 1923, la jeune République fédérale allemande, confrontées aux conséquences désastreuses de la guerre 1939-1945 et au défi de sa reconstruction, recouru au prélèvement fiscal exceptionnel sur la totalité des patrimoines privés, réparti sur plusieurs décennies. Considéré comme « plus social » que l’inflation, qui touche également tous les types de patrimoines, cet outil a l’avantage d’être plus radical et particulièrement efficace. 

    Il est bon de souligner qu’entre la fin du 18ème siècle et aujourd’hui, un seul pays s’est comporté honnêtement dans une situation de surendettement à l’égard de ses créanciers ; c’est la Grande Bretagne. La dette publique accumulée pendant les guerres napoléoniennes avait en 1815 atteint le niveau considérable de 200 % du revenu national. Pour honorer ses engagements, il s’est engagé dans une politique d’excédents budgétaires qui lui a permis de ramener, en 1914, sa dette à 70 % du revenu national.

    Les 19 pays de la zone euro ont aujourd’hui accumulé une dette de près de 10'000 milliards d’euros, soit l’équivalent de 85 % de leur PIB cumulé, avec quelques « champions » tels l’Italie (132 % du PIB national), le Portugal (121 %), la France (100 %), la Belgique (102 %). Sachant qu’aucun de ces pays ne pourra, à cause de la monnaie unique, utiliser la dévaluation monétaire ou la banqueroute pour améliorer sa situation, sachant aussi que tous les efforts de la BCE visant à créer de l’inflation sont restés vains, et probablement le demeureront, on se rend compte que, leurs gouvernements ne disposent plus que de deux solutions pour régler leur problème avant l’effondrement :

    • adopter des politiques d’excédents budgétaires, donc d’austérité,
    • « tondre » les couches les plus aisées de leurs populations en accroissant massivement la fiscalité pesant sur elles.

    Cela étant, pas besoin d’être futurologue émérite pour deviner que seule la troisième formule est envisageable. Dès lors, on comprend pourquoi les riches, quand ils ne quittent pas physiquement les bateaux nationaux en perdition, multiplient leurs investissements en monnaies étrangères et pourquoi … la bourse suisse progresse si vivement depuis des mois. Rappelons que la dette publique suisse consolidée est inférieure à 40 % du PIB. 

    Pierre Kunz

    (*) Capital et idéologie, seuil, 2019

     

     

    Lien permanent 6 commentaires
  • France, 5 décembre 2019

    Imprimer

    La France est une complication d’hommes, de tempéraments, de talents, d’attentes, d’égoïsmes, de méfiances, de haines et de faits historiques. Cette complication, depuis des siècles ne cesse de se déchirer, passant de jacqueries en saccages, de conflits sociaux en révoltes, d’émeutes en violences.

    Cette même complication existait dans presque tous les pays occidentaux. Mais, contrairement à la France, ceux-ci ont su, depuis le milieu du 19ème siècle, peu à peu, fonder un dialogue social pérenne, canaliser les forces centrifuges et mobiliser l’énergie des citoyens dans la construction d’un destin national commun. Les dirigeants de notre grand voisin n’ont en revanche jamais été en mesure, ou n’ont jamais voulu, donner au pays les institutions durables qui lui auraient permis de surmonter ses divisions. En dépit du renforcement de l’Etat, d’abord par la monarchie puis par la République, la France n’a jamais réussi à intégrer les cœurs et les esprits.

    Notre grand voisin, qui aime tant s’afficher en parangon de l’égalité et vanter les mérites de son « modèle social », est sociologiquement, demeurée figée dans les traits d’une monarchie plus ou moins masquée, caractérisée par les attentes déraisonnables du peuple à l’égard de son Etat, l’incurie d’une administration omnipotente et tentaculaire et le rôle surdimensionné de la technocratie issue des grandes écoles. Dès qu’une crise s’y produit, dès qu’une partie du peuple se sent frappée par l’injustice, les vieux démons de l’Hexagone ressurgissent. En l’absence de tout dialogue social institutionnalisé, la rue et les campagnes redeviennent des lieux d’affrontement, et partout se font réentendre les appels à la destitution des castes dirigeantes privilégiées.

    Il faut dire que celles-ci se sont comportées, au cours des dernières décennies, de la pire des manières.

    Au prétexte de lutter contre la pauvreté et les inégalités par la redistribution et d’assurer ainsi le calme au sein des couches les moins aisées, elles ont fait croître l’Etat-providence de manière démentielle, insupportable pour l’économie du pays. Afin de boucher le gouffre des dépenses publiques elles ont recouru dans un premier temps à la planche à billets, ensuite, dès l’absurde création de l’euro, à l’endettement massif de la nation.

    Pour conforter leur situation privilégiée, elles se sont arrangées par pour ne pas avoir à affronter les déséquilibres dramatiques du pays, à savoir l’immigration, la fonction publique pléthorique, le centralisme administratif, le déclassement économique de la province et le délabrement des infrastructures de transport dans ces régions.

    Le résultat de cette démagogie et de cette impéritie se révèle aujourd’hui dramatique pour la France. Elle est financièrement exsangue, malgré les efforts de ses entreprises elle reste économiquement peu compétitive, les banlieues de ses villes sont souvent devenues des zones de non-droit, son centralisme administratif balaie toute initiative régionale et l’Etat-providence est devenu un monstre incontrôlable.

    Quant aux classes populaires, même si la France est un des pays les plus égalitaires de l’Occident, obsédées par leurs « droits acquis », insensibles aux exigences du redressement national, elles sont réfractaires à toute réforme profonde. Dès qu’il en est question, elles se mettent en grève puis prennent la rue pour, comme toujours, exiger moins de taxes, « casser du riche » et … réclamer la tête Président.

    Pierre Kunz

     

     

    Lien permanent 3 commentaires