23/05/2013

Marie victime des droits de l'Homme

On nous dit, pour expliquer le drame dont a été victime Marie, que « le dossier est complexe », que « les juges et les experts sont faillibles » ou encore que « il n’y a pas de société sans risques ». Ce sont là de mauvais arguments qui servent au mieux à exonérer partiellement de leur responsabilité une partie des acteurs de la tragédie. Ils ne touchent que les raisons apparentes de celle-ci.

Au-delà de l’enchaînement des évènements, quelles sont les causes profondes de la mort de Marie ?

Une interprétation abusive et démagogique des droits de l’Homme, ou des droits humains puisque c’est ainsi qu’on préfère les qualifier dans notre société féminisée, a conduit les Etats occidentaux, Suisse comprise, à sacrifier la notion de l’intérêt général sur l’autel des droits des particuliers et des groupes minoritaires. Cette évolution s’inscrit dans le processus général auquel nous avons assisté en Occident depuis le milieu du 20ème siècle. Un processus caractérisé par le renforcement constant des droits individuels, par l’affaiblissement des valeurs communautaires et des devoirs sociaux, par la réduction de l’autorité de l’Etat au profit de la société dite « participative », par l’effacement des conceptions libérales et humanistes en faveur de l’interventionnisme socio-humanitariste des administrations publiques.

L’Etat providence s’est développé largement dans le cadre de ce processus qu’en Helvétie nous avons seulement commencé de rectifier. Songeons au temps nécessaire et aux abus qu’il a fallu mettre en relief dans le cadre des assurances invalidité et chômage pour mettre fin, en tous cas partiellement, à la destruction des volontés individuelles et au gaspillage des ressources publiques. Et relevons que dans le domaine de l’asile nous ne sommes qu’au début des indispensables réformes à engager.

Chez nous comme ailleurs, en matière judiciaire la mode reste aux interprétations  « roussauistes ». L’être humain, fut-il criminel, est vu au moins partiellement comme la victime d’une société violente. Il convient dans ce contexte d’être compréhensif et généreux avec lui, de rester mesuré dans les jugements et les peines infligées, de faire accomplir celles-ci dans des conditions « humainement acceptables ». Il s’agit aussi de lui ouvrir toutes les portes en matière de réintégration sociale, notamment en assouplissant le plus possible les détentions, quitte à sacrifier l’intérêt général et à mettre en péril la sécurité de la société. A ce sujet, le fameux « principe de précaution », prétexte par ailleurs à tous les conservatismes et les blocages, n’est paradoxalement jamais invoqué.

La législation des Etats occidentaux s’est largement et profondément imprégnée de cette dérive et en donne le reflet le plus visible, le plus lourd de conséquences aussi. Une législation qui a fait migrer discrètement le pouvoir des acteurs politiques vers un monde en constant gonflement depuis un demi-siècle, celui des experts et des juges. Les autorités politiques élues ont à l’évidence, par facilité, opportunisme et absence de conviction, contribué activement à ce transfert et il apparaît aujourd’hui que ces experts et ces juges se sont vu remettre une responsabilité qu’ils gèrent de manière technocratique, sans égard pour les exigences essentielles du fonctionnement harmonieux d’une communauté et les risques qui pèsent sur celle-ci.

Les uns conditionnés par la « bien-pensance » ambiante, les autres forcés par le droit, experts et juges peinent à ne pas privilégier les individus et les minorités dans l’analyse des situations, gaspillant les ressources et négligeant la fonction essentielle de l’Etat régalien, celle de veiller à la sécurité des citoyen et à garantir l’ordre public. Lorsqu’ils sont appelés à trancher entre l’intérêt particulier ou minoritaire et l’intérêt général, « à faire la pesée des intérêts en présence » comme ils disent, experts et juges sont amenés à faire primer systématiquement l’intérêt particulier ou minoritaire.  Souvent ces expertises et jugements sont « ubuesques », comme à Genève récemment où un tribunal a donné raison au propriétaire d’un bar bruyant qui dérange chaque nuit la population de tout un quartier.

Parfois ils génèrent des tragédies comme celle de Marie, comme celle de Lucie en 2009. Comment s’étonner dès lors que la justice soit perçue comme « injuste » ?

Pierre Kunz

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08/05/2013

Les dirigeants des TPG condamnables pour faux dans les titres ?

La lecture du quotidien Le Temps du 7 mai nous apprend que le Tribunal fédéral a reconnu définitivement coupables les anciens dirigeants de de la BCGe d’avoir falsifié le bilan de la banque en ne comptabilisant pas correctement les provisions pour embellir les comptes de l'établissement avant la faillite de celui-ci. L’arrêt de l’autorité judiciaire suprême du pays rappelle à l’appui de son jugement que « la comptabilité doit refléter la situation financière réelle d’une société et qu’un faux est réalisé lorsqu’un poste du bilan sujet à estimation est grossièrement maquillé ».

C’est une vieille habitude à Genève, lorsqu’on y porte une responsabilité importante à la tête d’une institution de droit public, d’assumer celle-ci avec une absence de rigueur et une insouciance stupéfiantes au regard des sanctions qu’en la matière le droit réserve désormais à l’incompétence et à la négligence. En l’occurrence on ne sait donc même pas si, en prenant connaissance des considérants publiés par le TF au sujet de l’affaire BCGe, la direction, le conseil d’administration et l’organe de révision des TPG, garants de l'équilibre financier de la caisse de pensions de leurs employés et retraités, ont senti poindre en eux ne serait-ce qu’un soupçon d’inquiétude.

Ce jugement devrait pourtant avoir par analogie de lourdes conséquences pour ces dirigeants, administrateurs et réviseurs qui, depuis des années, masquent dans le bilan des TPG en toute connaissance de cause le trou de 400 millions de francs qui grève le bilan de cette institution. Le droit punit sévèrement, l’affaire de la BCGe en témoigne désormais, ce genre de tromperie. Car, comme dans l’effondrement et le renflouement de la BCGe, c’est bien de tromperie qu’il s’agit. Elle se traduira avant longtemps par le recours forcé aux deniers publics dans un exercice de sauvetage identique à celui qui vient d’être imposé aux Genevois dans le renflouement coûteux de la CIA et de la CEH. Il se trouve en effet que, comme dans ce deux cas, l’Etat est subsidiairement responsable de l’endettement excessif de la l’institution de prévoyance des TPG.

Le Conseil d’Etat, parfaitement au courant de cette situation, porte  également une lourde responsabilité, celle d’avoir jusqu’à ce jour fermé les yeux sur le bilan qu’il savait falsifié des TPG. Le gouvernement a de surcroît commis lui-même une faute grave en masquant, aux yeux des contribuables genevois, les conséquences financières avérées de l’endettement excessif de la caisse de pension des TPG. A l’évidence, il aurait dû depuis longtemps, pas plus tard en tous cas que dans son budget 2013, provisionner la facture de 400 millions que l’Etat devra honorer. Qui sait, peut-être le fera-t-il enfin dans les comptes 2012 qu'il devrait dévoiler sous peu, des comptes qui se trouveront ainsi creusés de ces quelques centaines de millions

N’est-il pas curieux que la Cour des Comptes ne se soit pas encore penchée sur toutes ces manœuvres douteuses et tous ces aveuglements coupables ?

Pierre Kunz

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25/04/2013

Fonds de pension des TPG, "A la caisse citoyens"

Pour convaincre les Genevois d’approuver le douteux et coûteux plan d’assainissement de la CIA et de la CEH qu’ils avaient concocté de manière si injuste pour les contribuables, le Conseil d’Etat et le Grand Conseil en avaient été réduit à utiliser exclusivement le levier de la peur. « Le temps manque pour toute autre solution, ont-elles asséné sans discontinuer, et en refusant le projet de fusion le peuple ouvrirait la voie à une double catastrophe, l’une pour les finances publiques, l’autre pour le fonctionnement des services de l’Etat ». Les citoyens, laissés dans l’impossibilité de saisir l’ampleur du problème complexe qui leur était soumis, ont suivi dans une confiance aveugle. Il faut dire qu’ils furent en l’occurrence abandonnés par la totalité des partis politiques, ceux-ci ayant lamentablement, pour des motifs électoraux, renoncé à leur rôle de critiques.

Or un nouvel épisode de la saga des institutions de prévoyance publiques attend le canton, celui concernant la caisse de pension des TPG. Et curieusement personne au sein du gouvernement et du parlement ne semble pressé de le traiter alors que l’urgence n’a pas changé. Le délai à disposition pour « sauver » cet organisme est en effet le même que celui fixé par la Confédération pour la CIA et la CEH, soit le 31 décembre 2013.

Certains prétendront que le cas de la caisse des TPG est bien moins lourd que celui de la CIA et de la CEH réunies. Il n’empêche, la sous-capitalisationure de la caisse des TPG est aussi grave que celle de ses deux grandes sœurs. A fin 2011, en effet, le taux de couverture de la caisse était inférieur à 60 % à fin 2011. Par ailleurs l’institution est elle aussi au bénéfice de la garantie subsidiaire de l’Etat, donc des contribuables, et le montant de la recapitalisation requise s’avère considérable.

Au milieu de la dernière décennie un rapport interne aux TPG faisait ressortir que l’insuffisance de couverture de l’institution par rapport aux objectifs fixés par les autorités fédérales dépassait les 260 millions de francs. On peut considérer aujourd’hui que ce découvert atteint la barre des 400 millions dont la régie publique ne dispose pas du premier centime. Quant à sa cause, elle est identique à celle qui a péjoré et continuera malheureusement à péjorer la gestion de la nouvelle caisse CIA/CEH : les cotisations ne suffisent tout simplement pas à couvrir les généreuses conditions de retraites offertes aux rentiers des TPG.

On le sait, les gestionnaires de la caisse de la police avaient, avec la complicité des autorités, entrepris dès les années 1960 de combler régulièrement, en catimini, le trou qui ne pouvait manquer de se creuser. Mais, aux TPG comme au Conseil d’Etat, personne n’a voulu au cours des dernières années empoigner un problème politiquement encombrant. Il aurait en effet fallu informer la population puis soit accroître le subventionnement des TPG soit augmenter les tarifs imposés aux usagers.

Pourtant les faits sont têtus et qu’il le veuille ou non le Conseil d’Etat est désormais contraint d’agir. On se réjouit donc de l’entendre sur cette affaire. On attend en particulier avec impatience de connaître sa réponse aux questions suivantes :

  1. Sous quelle forme entend-il combler le trou de 400 millions présenté par la caisse des TPG ? Reprendra-t-il la formule choisie pour la CIA et la CEH, autrement dit voudra-t-il à nouveau faire supporter l’entièreté de l’effort pas les contribuables ?
  2. Pour assurer un équilibre durable à la caisse des TPG, ce qu’il n’a pas su faire pour la nouvelle caisse CIA/CEH, mettra-t-il à profit cette opportunité pour supprimer le principe intenable de la primauté des prestations ?

Il n’est pas inutile de préciser en conclusion que, selon le droit comptable en vigueur pour les entreprises comme pour les collectivités publiques, une créance avérée doit être provisionnée. C’est évidemment le cas pour les 400 millions que l’Etat devra verser et dans ces conditions on se demande comment le Conseil a osé présenter un budget 2013 sans prévoir la constitution d’une telle provision. Se serait-il réapproprié les techniques du camouflage comptable et financier si courantes à Genève jusqu’au début du 21ème siècle ?

Pierre Kunz

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20/03/2013

Le Mal genevois

Qu’est-ce qui ne va pas à Genève ? Pourquoi le canton continue-t-il d’alourdir ses problèmes au lieu de s’en extraire ? Bien davantage que la comédie budgétaire à laquelle les citoyens assistent dans l’indifférence depuis quelques mois, ce sont ces questions qu’il convient d’éclairer parce qu’elles appellent des réponses de plus en plus pressantes. Réponses délicates car elles se situent au niveau des institutions, à celui de leur fonctionnement dégradé et délétère.

Genève fournit l’illustration la plus éclatante des aléas du système politique helvétique. Nulle part les institutions fondées sur « la concordance » et sur la démocratie directe n’apparaissent aussi paralysantes. Dans aucun autre canton elles n’ont conduit à une inefficacité gouvernementale aussi évidente, à un rôle aussi insignifiant et déplacé du Grand Conseil, à un gaspillage aussi éhonté des richesses publiques et n’a ouvert la porte à des excès démagogiques et populistes à hauteur de ceux que nous connaissons. 

L’incapacité gouvernementale est particulièrement apparente dans le domaine crucial des finances publiques. Le Conseil d’Etat, depuis des décennies, s’est révélé incapable de mettre en œuvre les plans de redressement financier qu’il propose à intervalle régulier au Grand Conseil. Il a même échoué à concrétiser la loi constitutionnelle d’assainissement votée par le peuple en 1993.

Et que penser d’un gouvernement qui, depuis plus de vingt ans, se montre incapable de faire face à la lancinante pénurie de logements dont souffre Genève autrement qu’en invitant, au prétexte de la protection des locataires et de la zone agricole, ceux qui travaillent dans le canton à se loger en France voisine et dans le Pays de Vaud ?

Gouverner, dit le Larousse, c’est « diriger à l’aide d’un gouvernail ; c’est exercer la direction suprême des intérêts de l’Etat ». En démocratie les intérêts de l’Etat sont ceux perçus et énoncés par le peuple et le parlement, recensés et recueillis dans les programmes politiques des partis et les programmes gouvernementaux. Or à Genève le Conseil d’Etat se fixe certes quelques objectifs mais travaille sans programme politique. Etant composé de membres défendant des idées politiques contradictoires ceux-ci ne parviennent qu’à s’accorder sur quelques dénominateurs communs, nécessairement médiocres, relatifs à l’intendance et au court terme, sans emprise sur le long terme.

Le Grand Conseil ne joue plus les rôles que lui assignent la démocratie et la séparation des pouvoirs. Comme ailleurs en Suisse, quelques partis répartis sur l’ensemble de l’échiquier politique se partagent les sept sièges du gouvernement. Mais à Genève, dans une telle configuration, aucune opposition parlementaire sérieuse ne peut se structurer et agir de manière efficace et constructive. La vaste majorité des députés appartenant à des groupe représentés au Conseil d’Etat, ils sont en effet « sous influence » et expressément invités à étouffer leurs critiques éventuelles de l’Exécutif. Les velléités contestatrices que le parlement associe aux exercices budgétaires illustrent tristement ce constat. Elles n’aboutissent jamais à autre chose que de la cosmétique.

La caractéristique la plus frappante du Grand Conseil, surtout en matière financière, est sa passivité. C’est vrai en premier lieu pour la commission des finances qui ne s’est jamais dotée des instruments requis par un suivi sérieux des comptes et des budgets de l’Etat et la mise en œuvre des plans d’assainissement présentés par le Conseil d’Etat. Celui par exemple, annoncé en 2005, qui limitait clairement la hausse des subventions pour la législature et fixait avec précision les diminutions d’effectifs dans l’administration publique, n’a pas été mieux respecté que les précédents. Les députés n’en ont rien dit.

Avec le temps les relations entre le Conseil d’Etat et le Grand Conseil sont devenues malsaines et le processus législatif genevois est désormais le plus lourd et le plus coûteux du pays. Les députés consacrent une large part de leur énergie à un harcèlement du Conseil d’Etat à propos de questions souvent futiles et de « problèmes » plus médiatiques que politiques. Ils passent leur temps dans des séances innombrables de commissions, procédant à d’interminables auditions des mêmes milieux que ceux déjà consultés par le gouvernement. Avant de débattre inlassablement des points de détail et d’alourdir inutilement les textes.

Le mot « compromis » est probablement celui le plus utilisé par les élus genevois mais c’est pourtant au bout du lac que le droit de référendum et celui d’initiative sont les plus fréquemment utilisés. Les mœurs politiques genevoises sont fondées plus qu’ailleurs en Suisse sur la méfiance des élites et la contestation des autorités. Les Genevois ont toujours aimé faire de la politique dans la rue et répondre avec enthousiasme aux appels des agitateurs et des tribuns. De tout temps ceux-ci ont pu compter sur une frange de 20 à 30 % de la population attirée par des groupements ou partis extrémistes et populistes, de gauche comme de droite. Ces milieux se nourrissent d’autant plus aisément de ces habitudes contestataires que les exigences conditionnant le recours aux droits d’initiative et de référendum sont demeurées inchangées depuis le début des années soixante alors que la population des votants a doublé entretemps.

« Une longue tradition de ville riche, malgré les crises, exclut la prudence d’un canton rural désargenté. On s’arrangera toujours ! » C’est sur ces mots que s’achevait l’article que Le Temps a consacré à Genève le 13 mars. C’est aussi le discours démagogique que les élus du bout du lac continuent de tenir, préférant maintenir au profit de leurs électeurs les salaires, les prestations et les allocations auxquels ceux-ci ont été habitués plutôt que d’affronter les choix délicats imposés par le futur de la Cité. Malheureusement pour les uns et les autres « la chance, comme tous les luxes et  comme  tous  les crédits, coûte tôt ou tard fort cher » (Pascal Jardin)

Pierre Kunz

 

 

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19/02/2013

Les Verts et leurs incohérences ; sourions mais ...

Les discours des ONG et des politiciens Verts font décidément sourire, tant ils révèlent leurs contradictions, leur pensée en zigzags et leur opportunisme. Il faut rire, en effet, des incohérences grandissante qui jalonnent, semaine après semaine, les propos que tiennent dans le plus grand désordre ces donneurs de leçons environnementales, qu’il soit question de biodiversité, de génie génétique ou d’énergie.

La biodiversité  Les écologistes s’élèvent notamment de façon récurrente contre les atteintes portées selon eux par l’Homme à l’équilibre des écosystèmes. Se fondant sur leur conception romantique de la nature, ils exigent une protection absolue des espèces peuplant la planète. Par exemple l’Union internationale pour la conservation de la nature publie à ce titre régulièrement des listes d’espèces en danger, sans égard pour leur degré d’importance dans le fonctionnement des écosystèmes, ni pour les services qu’elles rendent aux humains ou les inconvénients qu’elles représentent pour ces derniers. De leur côté, se fondant sur l’a priori que « ce qui est naturel est le meilleur », les écologistes demandent la réintroduction en Suisse d’espèces comme le loup et l’ours dont les hommes se sont débarrassés parce qu’elles étaient incompatibles avec leur mode de vie, sans que pour autant la diversité biologique se soit trouvée atteinte significativement dans son équilibre.

A l’inverse, découvrant que le chat mangent plus d’oiseaux et de petits mammifères qu’estimé jusque là, ils se mettent en tête  d’instituer « une biodiversité moins violente » et de réduire les populations de chats, feignant d’oublier que le gonflement de leur nombre résulte directement du processus d’adaptation et de sélection naturelle des espèces décrit par Darwin.

Le génie génétique  Le génie génétique fait partie des cibles visées par écologistes. Ces défenseurs radicaux de la nature s’opposent farouchement à toute expérience pratique, voire à la recherche fondamentale dans le domaine. Ils justifient leur combat en présentant ces technologies, en dehors de toutes considérations scientifiques, comme le creuset des pires malheurs pour l’humanité. Témoignages le plus récent de cet obscurantisme, leurs dernières déclarations outragées au sujet de la fin programmée par le Conseil fédéral du moratoire agricole sur les OGM.

Ici aussi, les Verts présentent une aptitude remarquable à changer de jauge suivant les circonstances. Par exemple lorsqu’ils s’abstiennent de stigmatiser l’interventionnisme de quelques chercheurs écologistes hollandais qui ont entrepris, en recourant aux opportunités du génie génétique et aux techniques de sélection classiques, de faire renaître l’auroch, cet animal disparu de la planète depuis plus de 400 ans parce qu’il n’était plus adapté à son environnement.

En la matière, le fameux « principe de précaution », pourtant élevé en vérité quasiment biblique par les écologistes, fait parfois l’objet d’une curieux mutisme. Comment expliquer, sinon par les « nécessités » électorales et politiques, que les anti-OGM se soient par exemple murés dans le silence quand les médias ont rapporté les progrès stupéfiants réalisés par une équipe américaine de chercheurs biologistes et cancérologues, progrès consistant à modifier génétiquement un virus afin d’en faire un allié dans la lutte contre certaines formes de cancer ? Politiquement il semble plus facile et plus payant d’afficher son intransigeance dans le domaine agricole par exemple.

L’énergie  S’agissant du secteur de l’énergie, nul besoin de s’étendre longuement sur l’incohérence de la lutte des Verts pour une sortie immédiate du nucléaire, lutte menée depuis Fukushima au détriment et dans l’oubli de leur cheval de bataille d’hier, à savoir la mise hors-la-loi des énergies fossiles. Comme si les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique pouvaient attendre et s’accommoder d’un recours renforcé aux énergies fossiles, le gaz en particulier.

Sourions soit ! Et prenons pour ce qu’ils sont les slogans démagogiques affichés par les Cassandre issus de ces milieux, leur dramaturgie bon marché et leurs déclarations fracassantes selon lesquelles les plus sombres prévisions s’imposent quant à l’avenir de l’humanité.

Il n’empêche, ces gesticulations et ces discours, dont Jacques Blondel (*) dirait qu’ils ressortissent d’un écologisme de pacotille et non pas de l’écologie scientifique, sont nuisibles parce qu’ils détournent l’attention du public des véritables enjeux environnementaux. Jacques Blondel qui, dans le magistral ouvrage qu’il a publié il y a peu, constatant les dégâts découlant de la récupération de l’écologie par la politique, rappelle que « la société ne peut saisir les enjeux de la recherche relative à la biodiversité que si le chercheur les lui explique clairement ». Sous entendu, il vaudrait mieux que certains milieux cessent de mettre la nature et l’environnement au service prioritaire d’ambitions électorales ou financières et que, dans nos démocraties, l’on donne davantage la parole au monde scientifique.

Pierre Kunz

(*) Jaques Blondel, L’Archipel de la vie, éditions Buchet-Chastel, 2012

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12/02/2013

Fusion CIA-CEH, qui était aux abonnés absents ?

Le Matin Dimanche a consacré quelques colonnes aux explications des nombreux Genevois opposés à la loi de fusion de la CIA et de la CEH. Une loi, répétons-le, inadaptée aux enjeux, injuste pour les contribuables et par-dessus tout inéquitable pour les jeunes actifs, qu’ils soient fonctionnaires ou employés dans le secteur privé.

En fin de son article, le journaliste a éprouvé au nom de l’objectivité le besoin d’accorder une sorte de « droit de réponse » au président du Conseil d’Etat. Or ce dernier s’est trouvé dans l’incapacité d’apporter le moindre argument à l’appui du projet de fusion. Sa déclaration s’est réduite à un reproche, celui fait aux opposants susmentionnés qui, selon M. Charles Beer, « se réveillent tardivement » et auraient été au cours des dernières années « aux abonnés absents ».

En l’occurrence, le chef du DIP a perdu une bonne occasion de se taire. Qu’on en juge !

C’est dès le début du siècle nouveau que, dans les médias et au Grand Conseil, certains ont demandé au Conseil d’Etat qu’il reconnaisse publiquement les déséquilibres  colossaux des caisses de pension des fonctionnaires et qu’il propose au Grand Conseil un programme d’assainissement.

Les archives de la « Julie » témoignent des articles que le soussigné a publiés dès 2003 à intervalle régulier dans les colonnes du quotidien genevois puis sur son blog. Il n’a cessé de souligner depuis une dizaine d’années l’aveuglement volontaire des gestionnaires des institutions en question et du gouvernement et de décrire en détails les inéluctables et graves conséquences de cette attitude. Il a avec constance montré aussi les méthodes comptables singulières et les camouflages qu’utilisait alors le Conseil d’Etat pour embellir les comptes du canton et masquer la situation financière des caisses de pension.

Au plan institutionnel, les interventions eurent lieu au Grand Conseil et c’est le député Claude Marcet qui s’en chargea. Le Mémorial montre par exemple qu’en date du 5 avril 2005 il a adressé au Conseil d’Etat une interpellation urgente écrite (IUE 193) qui disait notamment ceci : « Jusqu’à quand le gouvernement de Genève va-t-il se voiler la face au lieu d’entreprendre les réformes qui s’imposent impérativement au sein des caisses publiques de retraite genevoises ? ». Claude Marcet y mettait déjà en lumière, chiffres à l’appui, le déficit actuariel catastrophique de la CIA, de la CEH et de la caisse des TPG.

En consultant le Mémorial, on peut prendre aussi connaissance d’une autre IUE, datée 20 septembre 2007, dans laquelle le même député soulignait en termes précis les manipulations comptables d’un Conseil d’Etat qui embellissait la situation financière du canton et trompait sciemment le peuple genevois en ne faisant figurer aucune provision dans les comptes alors que l’insuffisance de couverture de la CIA atteignait déjà à elle seule le chiffre de 2 milliards de francs et que l’Etat et les contribuables s’étaient portés garants de ce découvert.

On y trouve également son IUE 815 du 16 septembre 2009, époque à laquelle les taux de couverture des caisses concernées s’étaient encore dégradés. Claude Marcet réitérait son inquiétude et exigeait expressément que le Conseil d’Etat mette un terme à ses jongleries comptables et aux causes du déséquilibre structurel des caisses de pension publiques, à savoir l’insuffisance des cotisations appelées à couvrir les promesses de rentes.

Tous ces efforts demeurèrent vains. Alors qui était aux abonnés absents ?

La déclaration de M. Charles Beer au journal Le Matin Dimanche ne s’explique donc que de  deux manières. Soit le président du Conseil d’Etat a lamentablement raté la pirouette qui devait le sortir du mauvais pas dans lequel il se trouvait en étant incapable de dénicher le moindre argument honnête en faveur du projet de fusion. Soit, en plus de l’aveuglement et à la surdité dont il a fait preuve avec ses collègues au cours de la dernière décennie, il souffre désormais d’un nouvel handicap, celui d’une amnésie inquiétante pour les mois qu’il lui reste à servir la République.

Souhaitons pour Genève que c’est bien le premier terme de l’alternative qui s’impose.

Pierre Kunz

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08/02/2013

CIA-CEH : pas de plan B ? Mensonge !

Des mots apparaissent de plus en plus fréquemment sous la plume et dans le discours des défenseurs du projet de fusion et de recapitalisation de la CIA et de la CEH. Ce sont les mots : « un refus le 3 mars conduirait Genève à la catastrophe ».

A-t-on remarqué que face à leurs adversaires, les conseillers d’Etat, les députés, les partis politiques et leurs thuriféraires médiatiques ne cherchent plus à convaincre autrement qu’en jouant les Cassandre ? A-t-on remarqué que les partisans « de la moins mauvaises des solutions », comme ils disent,  n’ont plus d’autres arguments à faire valoir que ceux actionnant les ressorts de la peur ?

Ils n’en ont plus d’autres parce que, contrairement à ce qu’ils envisageaient, le débat public enfle et que les citoyens réalisent que nos élus, qu’ils soient de gauche ou de droite,  veulent leur faire accepter un marché de dupes. Cela s’explique aussi parce qu’en face leurs adversaires sont capables de démontrer, chiffres et explications à l’appui, la légèreté et l'inadéquation du projet, de justifier leur position en mettant objectivement en évidence qu’il est scandaleusement injuste pour les contribuables, de surcroît intenable à terme, donc malhonnête pour les fonctionnaires. Cela s’explique enfin parce que les défenseurs du « Non » sont en mesure de décortiquer la manière stupéfiante dont nos autorités ont bâclé leur devoir depuis deux décennies.

L’argumentation de nos élus se résume donc à : « il n’y a pas de plan B ». Le député socialiste Roger Deneys vient même de titrer ainsi son plus récent billet de blogueur. En s’exprimant ainsi, soit les partisans du projet mentent sciemment pour tenter de le sauver soit ils n’ont pas compris le sujet.

Il faut le dire et le redire : il existe un plan B, il est simple et réalisable dans le délai imparti, même en cas de nouveau référendum.

Si c’est « Non » le 3 mars, le Grand Conseil n’aura besoin que de quelques semaines pour rendre son projet acceptable par les Genevois. Il lui suffira en effet de le modifier sur deux points seulement :

  1. Hausser l’âge de la retraite de tous les fonctionnaires à 65 ans, respectivement 64 pour les femmes, ce qui leur permettra de toucher pendant un ou deux ans de plus un plein salaire plutôt qu’une rente.
  2. Faire passer la cotisation des fonctionnaires non pas de 8 à 9 % mais à 10 %, c’est-à-dire exiger que leur taux d’épargne soit accru d’un pourcent supplémentaire, qu’ils récupéreront évidemment lors de leur entrées en retraite.

Voilà qui permettra, sans remise en question des prestations promises dans le projet initial,  de réduire de plus de deux milliards la facture présentée aux contribuables.

Même si ce nouveau texte ne répondra pas davantage que le premier aux nécessités du long terme, qui pourrait avoir intérêt à le refuser ? Pas les citoyens qui auront fait échouer la première mouture puisque la seconde sera nettement plus équitable et moins coûteuse pour eux. A l’exception bien sûr des indécrottables « jusqu’au-boutistes »  syndicaux. Ni les citoyens et les fonctionnaires qui auront voté « oui » le 3 mars puisqu’ils seront appelés à approuver un nouveau projet qui ne les lèsera aucunement par rapport au premier.

Pierre Kunz

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05/02/2013

Le miracle de la caisse de pension de la police genevoise

Les medias ont largement commenté l’information selon laquelle le numéro deux de la police genevoise a décidé de se lancer en politique cantonale. Ils ont souligné un aspect anecdotique de l’affaire, c’est-à-dire le changement de « couleurs » de l’intéressé qui, délaissant le PLR, naviguera désormais sous le drapeau du MCG.

Par contre la presse genevoise n’a absolument pas éclairé la surprise qui aura marqué les citoyens-contribuables à cette occasion. Elle concerne l’âge auquel ce policier s’est trouvé en mesure de prendre sa pleine retraite : 52 ans ! Voilà un silence et une absence d’explications bien regrettables au vu de la décision que les Genevois seront amenés à prendre le 3 mars sur la recapitalisation et de la fusion des deux principales caisses de pension cantonales, la CIA et de la CEH.

Un chroniqueur intéressé par le sujet aurait pu commencer par s’interroger : « Est-il possible qu’un policier puisse prendre sa pleine retraite après un peu plus de trente années de service et de cotisations ? » En consultant le règlement de la caisse de pension de la police, il aurait appris qu’effectivemen celui-ci accorde aux assurés ce privilège remarquable.

Ce journaliste, plus curieux que ses collègues, n’aurait alors pas manqué de s’informer sur le financement d’une caisse aussi extraordinaire et se serait demandé si elle ne serait pas, comme la CIA et la CEH, en sous-couverture. Avec étonnement il aurait constaté alors que non, qu’au contraire cette institution est la seule caisse publique du canton couvrant à 100 % ses promesses de prestations.

Piqué au vif, il se serait alors interrogé sur la hauteur des cotisations mensuelles des policiers et de l’employeur, l’Etat. Il aurait découvert à sa stupéfaction qu’elles sont fixées au même niveau que celles des fonctionnaires affiliés à la CIA et à la CEH. Là aussi l’Etat contribue à un taux double de celui de l’employé.

Le chroniqueur en question aurait évidemment cherché alors à comprendre comment les gérants de la caisse de la police sont capables d’un tel miracle, à savoir garantir des prestations supérieures à celles de toutes les autres caisses de retraites publiques, les financer par des cotisations identiques et, contrairement à la CIA et la CEH, se trouver à plus de 100 % de couverture. Il est probable qu’il n’aurait pas trouvé la solution de l’énigme.

La réponse n’est en effet pas publique et elle n’apparaît pas au budget que votent les députés, en tous cas pas clairement. Par contre elle est d’une simplicité stupéfiante : chaque année, en vertu d’une convention que personne, à part quelques initiés, n’a jamais pu consulter, le Conseil d’Etat renfloue régulièrement le déficit occasionné par l’insuffisance des cotisations. Le montant de ce renflouement, dont on s’explique mal le chemin comptable mais que l’Etat effectue chaque année depuis des décennies diffère bien sûr suivant l’évolution des revenus provenant des biens de la caisse. D’aucuns croient savoir qu’il varie entre 5 et 15 millions par an. En gros cela signifie que, pour la caisse de la police, la part patronale dans le total de les cotisations est en fait de l’ordre des ¾ et celle des policiers d’un ¼.

Ce privilège est évidemment profondément injuste à l’égard des autres fonctionnaires et il constitue une vraie tromperie pour les citoyens-contribuables puisque finalement c’est grâce à leurs impôts qu’il est financé en catimini. Il n’empêche, c’est ainsi et cela semble devoir durer.

Pierre Kunz

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31/01/2013

De la santé en tant que "droit humain"

Les primes d’assurance-maladie, perçues de manière indue, que la Confédération semble ne pas pouvoir faire rembourser à ceux qui les ont versées, fouettent l’imagination des assurés et de leurs défenseurs. On a ainsi pu prendre connaissance récemment dans la presse de la nouvelle « trouvaille » de ceux qui en ont marre de voir croître leurs cotisations. Ils réclament tout simplement le blocage de celles-ci.

A leur attention on rappellera que si la LaMal dysfonctionne aussi gravement c’est tout simplement parce que dans le cadre de cette loi tous les acteurs du secteur de la santé, qu’ils soient consommateurs, prescripteurs ou pourvoyeurs de prestations, ont intérêt à la surconsommation médicale. La LaMal n’offre qu’un aspect positif : les dérives que l’on constate dans les pays voisins, à savoir des trous financiers gigantesques dans les comptes de leur sécurité sociale, sont impossibles chez nous, précisément parce que chaque année les assureurs présentent aux assurés la facture de l’augmentation de leur consommation médicale. Voilà l’origine des hausses, année après année, des primes. Dans le cadre de la LaMal par conséquent, pas de blocage possible des cotisations sans mesures compensatoires dont la plus évidente est la réduction du catalogue des soins couverts par l’assurance de base. Or jusqu’à présent, au nom de « la médecine la meilleure pour tous », pratiquement personne, ni dans le monde politique ni au sein du corps médical et encore moins parmi les assurés, ne veut envisager une telle réduction.

D’où nous vient cette incapacité de nous comporter raisonnablement dans ce domaine ?

Il est probable que la croyance, apparue simultanément avec l’hédonisme et le consumérisme exacerbé, selon laquelle le bonheur et la santé feraient en quelque sorte partie des droits humains, trouve ses racines dans mai 68. A partir des années 1970, notre société, poussée par les progrès sidérants induits par la recherche dans tous les secteurs de la médecine a peu à peu mis la maladie hors la loi. La bonne santé est apparue un dû, un acquis social même. Souffrir de la grippe ou ressentir du bleu à l’âme est devenu aussi injuste qu’inacceptable.

Pas étonnant que dans un tel contexte l’on ait assisté, sous la baguette des politiciens et grâce à la complicité intéressée de nombreux acteurs économiques et médiatiques, à la multiplication des prestations sanitaires et médicales de toutes natures et des réponses médicamenteuses. Pas étonnant non plus que d’autres acteurs, institutionnels ceux-là, à savoir le corps médical privé et le corps professoral des hôpitaux publics universitaires se soient engouffrés partout en Occident sur un marché des soins en pleine expansion et qu’ils aient ainsi contribué largement à l’accroissement massif des dépenses de santé, en Suisse tout particulièrement.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que les hommes et les femmes de ce début de siècle aient cessé de raisonner de manière cohérente. Comment pourraient-ils en effet comprendre les contradictions inhérentes à un système d’assurance qui dérive follement mais que le monde politique continue obstinément à soutenir parce qu’il n’a pas le courage d’en remettre en question les fondements, préférant attendre la crise qui précipitera immanquablement son effondrement ?

Pierre Kunz

Article paru également sur le site www.lesobservateurs.ch

07:50 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

25/01/2013

Primes payées en trop : la ruée vers l'or électoral

Il y a quelque chose de désagréable dans l’unanimité des politiciens genevois affirmant en choeur qu'ils sont fâchés et qu'ils veulent lutter contre la récente décision « scandaleuse » de la commission compétente du Conseil des Etats de ne pas rembourser les primes d’assurance-maladie versées en trop par les assurés du canton. Pour l’observateur cette unanimité paraît en effet aussi suspecte que puérile.

Elle est suspecte parce qu’on ne saurait l’expliquer autrement que par la proximité d’une échéance électorale importante, celle des élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat qui se dérouleront en fin d’année. Dans ce contexte, suivant son camarade de combat Pierre-Yves Maillard à Lausanne, Mauro Poggia, le grand manitou de sa tribu d’assurés, n’allait pas manquer de profiter de cette nouvelle occasion de cogner sur ses deux punching balls favoris, les politiciens fédéraux et les assureurs. Et bien évidemment la Genève politique dans son ensemble ne pouvait qu’enfiler des gants aussi gros pour taper aussi fort que son champion.

Au demeurant, cogner pourquoi et taper au profit de qui ?

Nul parmi ceux qui entendent poursuivre la lutte afin de récupérer les millions perçus erronément par les assureurs n’a voulu s’arrêter à ces deux questions pourtant essentielles qu’on pourrait reformuler ainsi : le jeu vaut-il la chandelle ? Si elle avait dû tomber, comment aurait-on réparti la manne ?

Il a été indiqué par la commission de Conseil des Etats que, pour Genève, le montant en question est de Fr. 880.- par personne. Autrement dit, ce crédit ayant été accumulé sur 15 ans, on parle d’une dépense indue pour les assurés de Fr. 58,65 par année. Les ténors du monde politique genevois n’éprouvent-ils pas quelques scrupules à consacrer leur énergie et leur temps à un problème aussi mince, eux qui si souvent gaspillent à des niveaux bien plus élevés les deniers des contribuables ?

En supposant que le combat continue effectivement, qu'il devait s’avérer victorieux et que finalement les millions en cause retournaient à Genève, comment seraient-ils répartis ? Les rembourserait-on au prorata des cotisations versées ? Plutôt à parts égales entre tous les cotisants ? Qu’adviendra-t-il des sommes qui devraient revenir aux dizaines de milliers d'assurés ayant depuis 1996 quitté le canton ? Faudrait-il prévoir une quote-part pour l’Etat qui a subventionné massivement, à coups de centaines de millions, les primes payées par une majorité de Genevois durant les trois derniers lustres ?

En fin de compte, chacun devrait se rendre à l’évidence. Il n’y aurait qu’une seule façon pour Genève d’affecter les 400 millions indûment perçus s’ils devaient être récupérés : les verser dans la caisse de l’Etat qui d’ailleurs en aurait bien besoin. Ceux qui pourfendent la décision des élus fédéraux le savent bien, comme ils savent que juridiquement cette solution semble irréalisable. Pourtant ils ne sont pas prêts à le reconnaître car en l’occurrence ils recherchent des électeurs, seulement des électeurs.

Pierre Kunz

07:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

17/01/2013

CIA-CEH : cinq mensonges pour un marché de dupes

Le gouvernement et le Grand Conseil ont signé avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintient la quasi-totalité des privilèges, inconnus ailleurs en Suisse, des fonctionnaires. Ils ont conclu un marché de dupes qu’ils tentent de masquer en recourant à de grossières contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.


On le sait, les Genevois seront appelés aux urnes, suite au référendum lancé avec succès par l’extrême-gauche, sur le projet de loi destiné à renflouer et à fusionner les  deux principales caisses de pension des fonctionnaires. J.-Fr. Mabut constatait hier sur le site de la TDG, que « le gouvernement genevois au grand complet a sonné le tocsin » pour sauver cette opération et lance avec un engagement et une vigueur rares la campagne qui précédera le vote populaire.

A l’évidence, cet engagement et cette vigueur exceptionnels du Conseil d’Etat ne trouvent pas leur origine dans la crainte que le peuple puisse se montrer sensible aux arguments démagogiques et caricaturaux des milieux référendaires. En réalité ce que craignent nos autorités est que, profitant de la consultation et des débats publics qui la précéderont, une majorité de citoyens découvrent que le gouvernement et le Grand Conseil ont conclu avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintien la quasi-totalité des privilèges des fonctionnaires, la primauté des prestations en particulier. Elles craignent qu’en conséquence le 3 mars prochain le peuple refuse le marché de dupes qu’elles tentent aujourd’hui de masquer en recourant à des contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.

Contrairement à ce qu’affirment les promoteurs du projet, il n’y a pas de partage de sacrifices.

Premier mensonge : les contribuables sont appelés, après avoir dû accepter au cours des dernières années de lourds sacrifices pour assainir leur propre caisse de retraite,  à débourser 6,4 milliards. Or les 2,6 milliards dont on dit qu’ils représentent la « contribution des fonctionnaires au sauvetage de leurs caisses », ne sont en fait rien d’autre que de l’épargne, forcée certes, destinée uniquement à maintenir le niveau privilégié des prestations dont ils bénéficient. Une épargne qu’ils récupéreront intégralement lorsqu’ils entreront en retraite.  Ce % de cotisation complémentaire (contre 2 à charge supplémentaire de l’Etat) ne fait que s’ajouter aux 8 % que les fonctionnaires épargnent déjà aujourd’hui. Il couvre simplement un peu mieux que jusqu’à présent leurs futures rentes de retraités.

Deuxième mensonge : les défenseurs du projet soulignent que les fonctionnaires vont devoir travailler un an de plus. La belle affaire ! Ils toucheront durant cette année-là un plein salaire, payé par l’Etat, plutôt qu’une rente d’un montant inférieur et n’en continueront pas moins à travailler moins longtemps que dans le secteur privé.

Faute d’arguments sérieux et honnêtes, le Conseil d’Etat et les députés actionnent les ressorts de la peur.

Troisième mensonge : si le projet est refisé le 3 mars prochain, disent-ils, Berne liquidera brutalement les  deux anciennes caisses et la facture sera encore plus lourde pour les contribuables. C’est un argument grossièrement malhonnête puisque le Grand Conseil disposera au cours des dix mois suivants du temps requis pour modifier les deux ou trois articles qui méritent de l’être, même en cas de nouveau référendum. En effet, il s’agira simplement pour le législateur d’une part de faire passer l’âge de retraite de 64 à 65 ans pour tous les fonctionnaires, d’autre part d’augmenter pendant la période de l’assainissement la cotisation de ceux-ci de 1 % et de réduire d’autant celle de l’Etat. Voilà qui suffira, tout en maintenant inchangées les prestations de retraite prévues par le projet, à  réduire la facture présentée au contribuable de 6,3 à environ 4 milliards.

Quatrième mensonge : en cas de rejet, nous dit-on, Moody’s et Standard & Poor’s risquent d’abaisser la note du canton, renchérissant ce faisant le crédit dont notre canton à tant besoin. C’est évidemment faux puisque les instituts de notation préfèreront la solution susmentionnée qui pèsera moins sur l’endettement cantonal.

Cinquième mensonge : s’agissant de l’avenir, les conseillers d’Etat et les députés qui font la promotion de « la moins pire des solutions » prétendent, reconnaissant implicitement les graves lacunes de leur projet, que si le peuple l’approuve ils engageront immédiatement la lutte destinée à inscrire dans la loi non seulement la fin de la primauté des prestations mais encore une répartition moitié-moitié ( !) de la cotisation de prévoyance. Ce discours manque singulièrement de crédibilité. Les élus qui le tiennent sont en effet précisément ceux qui ont été incapables de tenir tête aux syndicats de la fonction publique et d’aboutir à un accord bien moins ambitieux mais simplement équitable pour les citoyens-contribuables.  

Pierre Kunz

08:15 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

22/12/2012

Déchets nucléaires, l'exemple de Carlsbad (NM)

Selon les meneurs écologistes espagnoles, la décision de stocker les résidus radioactifs ibériques près de la bourgade castillane de Villar de Cañas (cf Le Temps du 22 décembre) serait « une folie environnementale et cette opération laisse présager le pire ».

Ces Cassandre prêchent dans le vide. Les 500 habitants et les autorités de cette commune qui n’a cessé de se dépeupler depuis des décennies ne voient en effet pas les choses ainsi. En cette période de crise économique et sociale profonde, rejetant les prédictions de milieux qui se nourrissent des peurs qu’ils savent susciter, faisant confiance aux scientifiques, ils considèrent au contraire bénéficier d’une aubaine, celle qui leur permettra de redonner vie et avenir à leur communauté, d’assainir ses comptes et d’y développer l’emploi.

On sait que la question du stockage sur sol suisse des déchets nucléaires de notre pays est aussi à l’ordre du jour. Les antinucléaires et les écologistes helvétiques ont commencé à affuter les armes du combat qu’ils entendent mener, quelque soit le lieu d’entreposage choisi.

A l’attention des inquiets et des sceptiques, on notera que c’est une rationalité et un optimisme identiques à celui de Villar de Cañas qui avaient guidé dans un processus semblable la petite ville américaine de Carlsbad, Nouveau Mexique, comptant 27'000 âmes aujourd’hui. Depuis 1960 elle luttait contre les conséquences démographiques et économiques du déclin de son industrie minière. Après d’efficaces démarches de lobbying auprès des autorités du pays, Carlsbad obtint ce que ses habitants considèrent plus que jamais « le privilège » de se voir confier depuis 1999 le stockage d’une partie importante des déchets nucléaires des USA.

Un privilège, car, confiait à l’auteur de ce billet la réceptionniste de l’hôtel de Carlsbad où il passa une nuit au début d’avril 2011, quelque semaines après la tragédie de Fukushima, « la région bénéficie grandement, depuis une vingtaine d’années, des retombées économiques de ce développement ; des retombées favorables aussi sur notre tourisme puisque les activités thermales et les fantastiques Carlsbad Caverns ont grandement profité de l’éclairage médiatique qui s’est porté sur notre ville ».

Evidemment, d’aucuns ne manqueront pas de stigmatiser au nom du principe de précaution une telle insouciance et de prédire que le pire, puisqu’il ne s’est pas encore produit, est encore à venir.

Pierre Kunz

14:46 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

12/12/2012

Europe, des certitudes évanouies aux populismes

Le surendettement des nations européennes marque, selon toutes probabilités, la première étape seulement d’un processus de réajustement appelé à redimensionner le pilier porteur des institutions sociales développées en Europe depuis la dernière guerre mondiale, à savoir l’Etat « redistributeur ». Les observateurs sont en effet quasiment unanimes : la crise qui a frappé le Vieux continent sera durable et ses effets seront essentiellement sociaux. Elle se manifestera par la fin de l’égalitarisme qui, au cours des dernières décennies, a inondé l’Etat social originel, l’a gonflé en Etat « nounou » et l’a conduit là où il se trouve en ce début du 21ème siècle, c’est-à dire de facto en faillite.

Un cycle de conférences mis sur pied en novembre dernier par l’Institut National Genevois a montré la corrélation de cet ébranlement avec les agitations populistes dans les nations européennes.

En Europe l’égalitarisme, cette ambition illusoire visant en l’espace d’une génération à gommer les inégalités sociales et individuelles produites par des siècles d’histoire et d’évolution compliquées, et l’Etat providence, voulu par la gauche et complaisamment cautionné par une droite, n’ont pas seulement dégradé les libertés qui avaient conduit l’Europe à la richesse et au progrès social, affaibli l’esprit d’entreprise et la résilience des individus, alourdi follement les budgets sociaux et réduit peu à peu la compétitivité économique des sociétés occidentales. Loin de rendre les humains plus heureux, ces « avancées » ont conduit simultanément à l’émergence de la société de l’envie et de la jalousie dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui.

Les peuples européens ont ainsi été amenés à considérer qu’ils bénéficiaient d’un droit inaliénable à l’égalité ; non plus celle des chances mais celle des niveaux de vie et de consommation, indépendamment des talents et du travail de chacun. La fin programmée de l’Etat providence, par insuffisance des moyens requis pour honorer les promesses de ses thuriféraires et pour répondre aux attentes excessives de sa clientèle, constitue donc à n’en pas douter la plus grave menace pesant sur la paix sociale dans les nations européennes. Car à l’évidence, la mise en concurrence par la globalisation des échanges de tous les travailleurs de la planète, même si elle est freinée par la réintroduction d’une dose raisonnable de protectionnisme, ne manquera pas de peser non seulement sur la capacité redistributrice de l’Etat mais aussi sur les niveaux de rémunération de la majorité des individus.

Dans cette ambiance de fin d’époque l’Europe tangue dangereusement. Paraissant incapables d’affronter rationnellement et avec volontarisme les enjeux nouveaux, de s’élancer dans l’avenir et l’effort, les peuples du Vieux dispersent leurs forces vives et gaspillent leur énergie dans une lutte généralement vaine pour la « sauvegarde des acquis ». Ils se jettent dans les bras de populistes de tous bords, habiles à vanter leurs solutions fictives et à attiser les révoltes de la rue.

Il est par exemple question en ce moment du retour du Cavaliere aux affaires italiennes. On parle aussi beaucoup des excès de Melenchon en France, de ceux des extrémistes grecs ou des indépendantistes catalans. Mais les plus inquiétants de ces populistes sont sans conteste les nostalgiques rousseauistes, les écologistes malthusiens qui, pour protéger les vieux arbres, veulent empêcher les enfants de naître. Ceux qui tentent de faire croire que l’avenir de l’Europe et de la planète se trouve dans la soumission absolue des humains aux impératifs de la biodiversité et des espaces verts et, à ce titre, dans la régression démographique, forcée par la loi. Ceux qui affirment que les clés du bonheur se trouvent dans le rejet pur et simple du modèle économique occidental, la frugalité énergétique et l’autosuffisance alimentaire.

Pierre Kunz

08:30 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

06/12/2012

BBC et RTS, même formule

Comme la BBC, même si c’est à un niveau bien inférieur, la RTS a longtemps été considérée comme un modèle de sérieux et de compétences. Mais, tout comme celui de la BBC, le monopole de la RTS a évolué au cours des dernières décennies en une structure aussi grasse que gaspilleuse des ressources considérables qui lui sont accordées par ses clients, forcés par la loi d’assurer son financement. Il n’est donc pas inutile de traduire et de retenir les propos que Catherine Mayer, à l’origine d’un article consacré il y a peu par Time Magazine à la BBC, réserve à la grande régie britannique, une régie qui selon la journaliste est en grande difficulté à cause de décennies d’incompétence managériale.

« En retour, écrit l’auteur, des largesses du contribuable-payeur, la BBC s’est fixée depuis toujours comme objectif de satisfaire les attentes de chacun, qu’il s’agisse d’information, de sport ou de divertissement. Cette mission avait du sens jusqu’au moment où la révolution amenée par le numérique aurait dû en redessiner les contours. Insensible à la discipline structurelle et financière imposée par les exigences de la concurrence, la BBC s’est fortement étendue, souvent de manière incohérente, gonflant les personnels, accroissant les couches de cadres aux titres impénétrables et multipliant les chaînes ».

Les observateurs le savent bien, la RTS, qui a connu un scandale de moeurs identique à celui dévoilé il y a peu au sein de la célèbre institution britannique, souffre des mêmes maux structurels que la BBC. Elle bénéficie d’un statut privilégié lui assurant un financement stable et généreux. Le quasi-monopole dont elle dispose a toujours conduit ses dirigeants à considérer qu’elle pouvait mettre en œuvre les politiques même les plus onéreuses pour « conserver, au nom du fédéralisme, son rôle et ses parts de marché en radio et en TV ». Forte de ressources incomparables et du soutien intéressé de toute la classe politique ou presque, elle a pris l’habitude de lutter contre ses concurrents privés comme le bulldozer aplatit les cailloux, leur laissant la portion congrue. Essentiellement en multipliant les stations sans considération pour la qualité discutable des principales d’entre elles, sans préoccupation pour leur audience, souvent infime ni les doublons.

C’est ainsi qu’on compte actuellement en Suisse romande 2 chaines de TV et 5 de radio, à quoi s’ajoutent les 5 programmes musicaux dits « nationaux ». En Suisse alémanique c’est pire encore puisque l’on y dénombre désormais 6 chaînes radiophoniques et 3 télévisuelles. Quant au personnel et à l’encadrement, comme les niveaux salariaux, ils n’ont évidemment jamais cessé de gonfler en conséquence.

Pour payer ces folies chaque ménage débourse chaque année Fr. 462,40.  Jusqu’à quand ?

Pierre Kunz

08:30 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

23/11/2012

La comédie budgétaire genevoise, acte 2

Les spectateurs sortis à l’entracte pour se désaltérer ont repris leur siège pour suivre le deuxième acte de la comédie budgétaire annuelle. Dans cette deuxième partie de la pièce, ils observent le Conseil d’Etat jouer le rôle découlant de son fonctionnement interne et des institutions et ils l’entendent réciter le texte d’un livret rédigé il y longtemps déjà. Dans un contexte aussi classique il n’y a évidemment pas de place pour les improvisations dans l’interprétation.  

Ainsi donc, comme le scénario le prévoyait, le Conseil d’Etat a nettoyé ses fonds de tiroirs et découvert qu’il avait sous-estimé les recettes budgétées pour 2013. En fait, informe-t-il, elles doivent être réévaluées de 99 millions de francs. C’est ce qu’un naïf appellerait « une heureuse surprise, et qui tombe à pic ! ».

Pour ne pas paraître se moquer trop ouvertement des citoyens, nos ministres se devaient de montrer que dans leurs tiroirs ils ne pouvaient pas décemment trouver seulement des millions cachés par la poussière. Leur fouille ne pouvait pas ne pas révéler aussi un trou quelque part, probablement masqué, lui, sous le dernier volume des statistiques de l’aide sociale. C’est ainsi qu’ils ont expliqué que malheureusement il faudra compter l’an prochain avec 15 millions de plus pour les prestations aux plus démunis.

Le gouvernement a décrété aussi, toujours conformément au scénario habituel, qu’il  était prêt par ailleurs, tout en « mettant lourdement en garde la population sur les dangers que comporte pour elle et ses enfants la démarche choisie », à agir sur les dépenses et sur le nombre des postes de l’administration publique. En réalité il fait semblant d’agir parce que la piste suivie ne mène pas à une diminution mais seulement à une augmentation moins forte que prévu du nombre des collaborateurs de l’Etat. Il a opté de surcroît pour une action là où sa marge de manœuvre est la plus large, à savoir l’état-major au DIP, département idéal pour une opération symbolique de ce genre, d’abord parce qu’il est effectivement bien gras et parce que son chef, qui achèvera sa carrière politique avant fin 2013, est une « victime » plus aisée que ses collègues.  

Et voilà comment, grâce aux deux tours de passe-passe comptables susmentionnés et à la pseudo-économie annoncée au sein du DIP, nos autorités se sentent autorisées à déclarer en chœur que « le déficit global prévu se trouvera allégé de 84 millions ».

Chacun comprend qu’au sein du Conseil d’Etat personne ne songe sérieusement à réduire le déficit envisagé. Protégeant les enveloppes de chaque département, les modifications annoncées visent tout simplement, comme l’attribution rendue subitement possible des 6 millions nécessaires urgemment à la planification pénitentiaire, à diviser les députés récalcitrants, à rompre le front du refus.

Indiquons à l’attention des Genevois qui ne connaissent pas encore la fin de la pièce, qu’ils peuvent parier sans risque qu’au troisième acte le gouvernement atteindra son objectif. Il n’aura besoin ni d’arguments ni d’efforts supplémentaires pour faire voter par le Grand Conseil le budget, inchangé sur le fond, qu’il avait initialement concocté et qui n’aura fait l’objet que de quelques jeux d’écritures destinées à permettre aux petits rôles et aux figurants de la comédie de "montrer qu'ils comptent" ou de sauver la face.

Pierre Kunz

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19/11/2012

CIA et CEH, le vote paradoxal du 3 mars prochain

Ainsi donc l’extrême-gauche et les syndicalistes jusqu’au-boutistes de la fonction publique genevoise ont atteint leur objectif. Les citoyens du bout du lac devront voter le 3 mars prochain sur le projet de loi qui aménage le sauvetage de la CIA et de la CEH, organise la fusion des deux caisses et détermine son financement pour l’avenir. Que faut-il penser de cet aboutissement qu’à vrai dire on n’attendait pas ?

En préambule il convient de souligner l’anachronisme et le danger institutionnel représentés par les conditions genevoises de l’exercice des droits populaires. Qu’une poignées d’agitateurs et de démagogues se soient trouvés en mesure de réunir bien davantage que le nombre des signatures requises pour faire aboutir le référendum contre une loi approuvée massivement par le Grand Conseil montre à l’évidence que les exigences en la matière sont totalement insuffisantes. Soit dit en passant, l’incapacité de la Constituante de les adapter aux nécessités du fonctionnement d’un Etat moderne restera le plus flagrant de ses échecs.

La mansuétude des députés. En étudiant les mesures figurant dans la loi adoptée à la fin de l’été par le parlement, on ne pouvait qu’exprimer sa surprise devant ce qu’il faut bien appeler la mansuétude des députés qui l’ont approuvée. Qu’on en juge. Au cours des dernières années, toutes les caisses privées ou presque, comme la nette majorité des caisses publiques, sont passées à la primauté des cotisations ; elles ont élevé l’âge de la retraite à 65 ans en envisageant d’ores et déjà de l’augmenter de deux années supplémentaires ; au surplus, en moyenne suisse, la répartition de la charge des cotisations intervient dans un rapport de 40% pour les employés et 60 % pour les employeurs.

Or le statut proposé par le Grand Conseil ne prévoit pas  seulement d’en rester à la primauté des prestations, de maintenir pour une majorité des fonctionnaires les rentes à leur niveau actuel (les plus élevées subissant une baisse de 10 % au maximum), de conserver leur indexation automatique à l’inflation, de ne relever l’âge de retraite qu’à 64 ans et de conserver la répartition existante des cotisations, à savoir 1/3 pour les fonctionnaires et 2/3 pour l’Etat, donc le contribuable. Il impose de surcroît à la collectivité qu’elle supporte quasiment l’intégralité  de la recapitalisation des deux caisses, soit pas loin de 7 milliards de francs sur 40 ans.

Ces constats éclairent le paradoxe engendré par l’aboutissement d’un référendum fondé sur les exigences de ceux qui jugeaient la loi inique pour les fonctionnaires. La campagne qui précédera la votation ne manquera pas, en effet, de mettre en évidence les privilèges considérables dont nos autorités entendent continuer à faire bénéficier les fonctionnaires aux frais des contribuables. Et si la loi en question était rejetée par les Genevois en mars prochain cela ne pourrait provenir que de la mobilisation massive de ceux-ci contre un texte à leurs yeux trop pénalisant pour eux et trop avantageux pour la fonction publique. En cas de vote négatif le gouvernement et le parlement, astreints dès lors à corriger la loi, devront logiquement admettre que le peuple exige une mouture non pas plus douce mais moins favorable pour les serviteurs l’Etat.

Une loi plus dure ? Que pourraient recouvrir les durcissements de la nouvelle loi ? On pense principalement à trois corrections. La première consisterait pour la future caisse issue de la fusion à passer en primauté des cotisations. La deuxième serait d’adopter la répartition moyenne suisse des cotisations entre employés et Etat, soit 40 % pour les employés et 60 % pour l’Etat. La dernière viserait à élever l’âge de retraite au moins à 65 ans. Ces mesures, même si elles n’étaient pas mises en œuvre intégralement et seulement par étapes, permettraient de réduire considérablement, pour le contribuable, le coût du renflouement des deux caisses de pensions en difficultés.

Un élément vient encore compliquer l’affaire. Le délai dont dispose Genève pour mettre en œuvre un plan de sauvetage de la CIA et de la CEH ne dépasse pas le 31 décembre 2013, faute de quoi la Confédération serait amenée à prononcer la liquidation pure et simple des deux institutions. Tout en sauvegardant les acquis des serviteurs de l'Etat retraités et en rendant plus acceptable la charge pesant sur les contribuables, une telle issue se révèlerait avec certitude bien moins favorable pour les fonctionnaires actifs qu’un projet concocté à Genève.

En cas de refus de la loi le 3 mars 2012, les risques de désordres dans le fonctionnement de l’Etat ne sont donc pas négligeables. On en a d’ailleurs ressenti les prémices dès l’annonce de l’aboutissement du référendum. Un nombre considérables de fonctionnaires proches de la retraite se demandent aujourd’hui s’ils doivent faire le pari du « oui » à la loi ou si, au contraire, ils n’auraient pas intérêt à quitter le service public sans tarder.

Pierre Kunz

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14/11/2012

La comédie budgétaire genevoise

Le Grand conseil a refusé d’entrer en matière il y a quelques temps sur le projet de budget que lui soumettait le Conseil d’Etat pour 2013. On s’est depuis lors beaucoup exprimé sur ce refus. Les uns pour souligner « l’incongruité » de cette opération, d’autres pour souligner le « lâchage » par le PLR de ses conseillers d’Etat, certains pour condamner l’alliance PLR-MCG, opportuniste et vouée au retournement de veste du second, les derniers pour stigmatiser les propositions d’économie présentées par ce parti au gouvernement. On regrette pourtant que tous se soient limités dans ces critiques aux aspects de surface d’une affaire qui, en vérité, n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est que, pour la première fois, une majorité de députés se sont entendus pour non pas seulement afficher leur mauvaise humeur mais pour la concrétiser spectaculairement.

Il faut savoir qu’au cours des vingt dernières années, plus de dix fois au moins, la droite parlementaire radicale et libérale a été tentée de renvoyer à son auteur le projet de budget préparé par le Conseil d’Etat. Le motif de cette ambition se trouvait régulièrement dans des charges de fonctionnement croissant excessivement, au surplus dans des secteurs non prioritaires aux yeux des partis bourgeois. A chaque fois, le Conseil d’Etat est parvenu aisément à tuer dans l’œuf ces velléités de révolte en rappelant aux députés que « leurs électeurs ne comprendraient pas qu’un Conseil d’Etat à majorité de droite soit désavoué par se propres troupes en matière budgétaire ». D’autant, ne manquaient-ils jamais d’ajouter, que « le vote du budget constitue l’acte politique le plus important du parlement ».

Ces arguments ont toujours suffi au Conseil d’Etat pour étouffer les députés récalcitrants. Le PDC ne manquait en effet jamais de se désolidariser très vite des autres groupes de l’Entente et  ces derniers, presque aussi rapidement, succombaient piteusement au discours du gouvernement, sans jamais le contester dans ce qu’il a de spécieux, fondé qu’il est sur un pré-requis institutionnel qui n’existe pas à Genève.

Spécieux parce que chez nous le gouvernement n’est pas élu sur la base d’un programme annoncé et les priorités budgétaires correspondantes ; il ne se sent par conséquent aucunement engagé politiquement à l’égard du parlement. Spécieux parce le budget de l’Etat n’est pas fondé sur des options politiques connues mais sur les exigences essentiellement pratiques du consensus gouvernemental et sur les requêtes des services de l’administration publique. Spécieux parce que lors de l’élaboration de son budget le Conseil d’Etat genevois travaille sans jamais se préoccuper ne serait-ce que de l’indice de la volonté des partis appelés ensuite à entériner les choix gouvernementaux. Spécieux parce qu’aux yeux des ministres, s’agissant de l’enveloppe budgétaire de leur département respectif, il ne saurait être question de modifier sinon symboliquement les chiffres la concernant.

Spécieux, en résumé, parce qu’un tel fonctionnement se réduit à la politique du fait accompli et à la requête d’un blanc-seing.

Ce n’est donc pas tant l’initiative récente des groupes PLR, UDC et MCG qui doit être qualifiée d’incongrue, mais bien l’habitude qui commande les votes budgétaires du Grand Conseil depuis toujours, à savoir, après les effets de manche de part et d’autre, l’adoption régulière et sans amendement significatif du projet gouvernemental par la droite bourgeoise majoritaire mais qui n’a jamais voix sur le fond. On comprend qu’en fait, chaque année, le débat budgétaire genevois ressemble à une pièce de théâtre bien huilée, dans laquelle les députés, ceux de la Commission des finances comme les autres, jouent des rôles de figurants, dans un décor fictif et dans la mise en scène d’un Conseil d’Etat tirant toutes les ficelles.

La Constituante aurait pu mettre un terme à ces joutes malsaines en réformant le mode électoral de l’Exécutif genevois afin de le renforcer, de le rendre politiquement plus engagé et en repensant ses rapports de dépendance avec le Grand Conseil. Elle n’a pas osé ce changement. Chaque année la comédie budgétaire du canton se poursuivra donc comme jusqu’ici, avec tout ce qu’elle a, elle, d’incongru et exceptionnellement, comme à fin septembre, avec une petite crise à la clé qui fera le bonheur des gazettes.

Pierre Kunz

09:04 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

12/11/2012

La foi, clé de l'avenir

 

La redistribution des cartes de l’économie mondiale et le péril qu’elle fait peser sur l’équilibre social des nations occidentales s’accompagne depuis deux décennies d’un problème à caractère religieux, marqué par la montée de l’intégrisme musulman et de ses violences. Alimenté par les flux migratoires croissants et irrésistibles en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient, ce phénomène démographique ne pouvait manquer d’accentuer la déstabilisation sociale des pays européens. Ceux-ci, si peu exigeants avec eux-mêmes, oublieux de la pensée libérale et humaniste qui les guidait depuis le siècle des Lumières, se sont vautrés complaisamment depuis 1950, dans une vision humanitariste de leurs rapports avec les populations pauvres de la planète. Ils les ont accueillies sans retenue suffisante dans une faiblesse nourrie par leurs sentiments de culpabilité grandissante à propos de leur comportement colonialiste.

Au sein des populations de l’Occident industrialisé le malaise à l’égard de cette évolution n’a fait que grandir. Les arguments populistes aidant, la question de « l’islamisation de l’Europe » est devenue lancinante et elle empoisonne le climat social.

Maintenant que ces minorités islamiques sont installées, avec le temps et la réflexion, il apparaît pourtant que le ressentiment exprimé ou intériorisé par nombre d’Européens à leur égard pourrait ne pas provenir véritablement des difficultés d’intégration que rencontrent ces gens, de leurs comportements inattendus ou encore de la petite criminalité dont on les accuse. Le malaise ne serait pas davantage lié aux « enseignements » aliénants de quelques meneurs intégristes, aux crimes commis par leurs frères terroristes et à la petite criminalité de leur frange la moins reluisante. Pour le monde occidental, coupé de sa spiritualité et de ses valeurs ancestrales, ce qui au fond impressionne, souvent encore confusément, est en vérité cette force morale et religieuse qui habite ces hôtes nouveaux et les rend apte à résister au désespoir qui étoufferait la plupart d’entre nous si nous devions vivre dans les mêmes conditions qu’eux.

Elle nous inquiète la certitude affichée par ces gens pauvres que l’avenir leur appartient. Par extension, il est bouleversant notre sentiment grandissant que cette force morale et religieuse fournit la vraie clé des succès que rencontrent tous les pays émergents, ceux qui prennent la place des Européens sur les marchés mondiaux et qui remettent en cause nos « acquis » et nos privilèges.

L’exemple de la Turquie est particulièrement révélateur. Ce pays connaît une progression fulgurante depuis une dizaine d’année, depuis que son régime politique, au grand dam de l’Occident bien-pensant, est dominé par le parti religieux AKP de Recep Tayyip Erdogan, depuis que celui-ci a tourné le dos à la société séculaire instaurée en 1927 au prétexte du modernisme par Kemal Ataturk. Sous la conduite de leur nouvel homme fort, les Turcs se mobilisent en vue de construire une société fondée sur les principes du conservatisme culturel, familial et religieux, avec l’ambition de s’enrichir et de jouer un rôle de leader régional voire mondial.

Or, si l’on y regarde de près, les fondements des succès ottomans sont identiques à ceux expliquant les avancées économiques et géopolitiques non moins spectaculaires de la Chine, de l’Inde, du Brésil ou de l’Indonésie. Partout, même si la volonté de s’enrichir constitue un moteur puissant, l’ancrage dans les valeurs sociétales et familiales est essentiel, la foi domine. Constat d’autant plus interpelant que, lorsqu’on analyse le passé des puissances industrialisées du Nord, on se rend compte que, plus que tout autre facteur, c’est une foi profonde qui a permis à nos pays d’accéder à l’aisance matérielle qu’ils ont acquise au cours du 20ème siècle ; foi en Dieu, en la patrie, foi en la construction d’un avenir meilleur grâce au labeur et aux sacrifices, foi dans la recherche possible du bonheur.

Comment l’Occident déchristianisé pourrait-il ne pas ressentir de l’inquiétude en découvrant que, contrairement à ce qu’il croyait jusqu’ici, dans notre monde globalisé l’avenir n’appartient pas systématiquement aux maîtres des prouesses technologiques et aux inventeurs de l’Etat providence mais aux dépositaires de la foi, cette foi qui paraît commander tous les autres facteurs du progrès ?

Pierre Kunz

15:00 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

23/03/2012

DE la LaMal à l'AVS +

Si l'on se réfère au sens des mots, ce qu'il est convenu d'appeler « la solidarité intergénérationnelle » devrait s'exercer dans les  deux sens, des jeunes vers les anciens et inversement. Or depuis quelques décennies force est de constater que cette solidarité, dans sa forme publique en tous cas, tend exclusivement à bénéficier aux classes âgées de la population et au détriment des plus jeunes. Les « seniors » sont devenus les chouchous de l'Etat social.

C'est vrai en ce qui concerne l'assainissement des caisses de pension. Les mesures prises obligent les actifs à accepter des hausses de cotisations tout en remettant en cause les prestations futures, tout cela afin de maintenir presque inchangées les pensions versées aux rentiers actuels.

C'est vrai aussi pour le domaine du logement dans les cantons urbains en général mais en particulier à Genève. Le marché n'y règle plus rien, la législation interventionniste y perpétue la pénurie et crée au profit des retraités des « rentes de situations » parce que ces derniers, occupant depuis longtemps leurs logements trop vastes pour eux mais bon marché, sont incités à les thésauriser au détriment des jeunes familles dans le besoin.

C'est vrai enfin dans le secteur de l'assurance maladie. Les jeunes générations supportent dans le montant de leurs primes la majeure partie des dépenses occasionnées par les patients âgés et il faut admettre que les charges exorbitantes qu'au prétexte de la solidarité intergénérationnelle cette assurance impose aux jeunes assurés sont profondément injustes. A tel point que la recherche d'un nouveau modèle de répartition des coûts découlant des soins requis par le « quatrième âge » est devenue cruciale. Les médias et les spécialistes s'en font d'ailleurs depuis quelques temps l'écho de façon pressante.

Ce nouveau modèle, qui ne pourra évidemment plus se fonder sur le présupposé de la prime unique, pourrait s'inspirer de l'idée émise en son temps par feu l'ancien conseiller national Peter Tschopp. En visionnaire il avait proposé voici une quinzaine d'années déjà la création d'une assurance « AVS + » destinée à prendre en charge les frais médicaux des plus âgés, financée par l'Etat et qui s'accompagnerait d'un abaissement massif des primes maladies exigées des jeunes générations. Ce projet prend aujourd'hui un intérêt tout particulier, notamment parce que son financement devrait pourvoir être aisément assuré grâce aux économies réalisées dans les budgets publics qui sont actuellement lourdement grevés par le très large subventionnement des primes d'assurance.

Pierre Kunz

 

11:32 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

20/03/2012

Maggie et le consensus

Il faut aller voir le film « La Dame de fer ». Parce qu'il est d'une grande qualité et parce qu'il nous remémore les onze années durant lesquelles, entre 1979 et 1990, Margaret Thatcher a conduit son pays.

Quand la Dame de fer pris le pouvoir, « la Grande Bretagne, dit elle dans ses Mémoires, était une nation hors de combat. Des lustres de gouvernement socialiste et syndical, loin  de renverser le lent déclin relatif du pays vis-à-vis de ses concurrents, l'avaient accéléré et le pays était considéré comme l'Homme malade de l'Europe ». Qu'est-ce donc qui lui a donné l'énergie de mener à chef la colossale réforme économique et sociale qu'elle avait conçue ? Comment a-t-elle réussi à vaincre après une lutte homérique les syndicats qui avaient fini par contrôler le fonctionnement du pays à des fins corporatistes, puis à réduire drastiquement les dépenses publiques et les déficits budgétaires qui mettaient gravement en péril l'économie britannique et la capacité d'agir des autorités, enfin à engager et à gagner la guerre des Malouines ?

La réponse à ces questions réside autant dans les solides convictions philosophiques et politiques de Margaret Thatcher, que dans sa méthode de travail et sa volonté inébranlable.

Fille de petit commerçant, elle s'était très tôt intimement persuadée que les mesures sociales, telles qu'elles sont décrétées dans le cadre de l'Etat providence, encouragent la dépendance, découragent le sens des responsabilités, nuisent au respect des institutions  et favorisent le déclin général de l'autorité. Contrairement à nombre de ses collègues conservateurs la Dame de fer s'est donc toujours montrée peu encline aux compromis si usuels parmi ses amis politiques et n'a jamais cédé aux sirènes du « consensus ».

Sa méthode de travail est demeurée en permanence placée sous le sceau d'une stricte cohérence. Dans ce contexte, absolument déterminée à renforcer le rôle des individus dans le fonctionnement économique et social, à mettre un terme aux excès de l'Etat providence, à accroître l'efficacité des administrations publiques et à libéraliser l'économie comme le marché du travail, Margaret Thatcher est toujours restée inébranlable lorsqu'il était question des fondements libéraux de l'économie et de l'organisation de l'Etat.

A la fin de son « règne », chacun devait en convenir : favorisée certes quelque peu par les circonstances, la méthode Thatcher avait réussi à transformer fondamentalement et durablement le pays, à le régénérer

Lorsqu'on observe cette page de l'histoire britannique depuis la Suisse on ne peut s'empêcher de mettre en relief l'autorité conférée par les institutions anglaises au chef du gouvernement. Disposant d'un cabinet ministériel par définition entièrement acquis à sa politique et pouvant compter sur une majorité parlementaire rarement contestatrice, le Premier ministre ne rencontre que peu de barrières dans la mise en œuvre des politiques que le peuple a implicitement admis en le portant au pouvoir.

Que dire en comparaison des institutions helvétiques et de leur fonctionnement ? Que penser de la « concordance », du conservatisme inhérent à ces institutions, de leur permanence, du rôle prédominant qu'elles accordent aux partis dans la composition des exécutifs, élus de facto à la proportionnelle, et de l'absence de programme de gouvernement, une concordance érigée depuis la dernière guerre mondiale en vertu suprême de la politique  helvétique ?

La situation actuelle de la Suisse aux plans social, économique et budgétaire, montre  que notre « modèle », malgré sa faible adéquation au changement, la « navigation à vue » qu'il induit et la faiblesse des exécutifs qu'il implique, s'est avéré d'une efficacité remarquable depuis un demi-siècle. Il a été déterminant dans l'élévation du niveau de vie des Suisses et leur enrichissement collectif.

Pour autant, dans le monde nouveau qui se bâtit autour de nous, celui qui voit le renforcement ou l'émergence de concurrents particulièrement bien armés sur les marchés qui nous sont essentiels, ce modèle est-il encore compatible avec l'éloge de la lenteur et de la permanence que nous persistons à réciter ? Dans les bouleversements dont nous subissons jour après jour les conséquences saurons-nous contenir la montée des populismes de tous ordres qui menacent le fonctionnement institutionnel ? Les défis qui s'esquissent de plus en plus clairement nous autoriseront-ils encore longtemps à demeurer sur le chemin auquel nous sommes tant attachés ? On ne peut qu'en douter au vu de notre incapacité croissante à détecter et à éviter les pièges à temps.

Pierre Kunz

Billet extrait d'un article publié ce jour par le quotidien Le Temps

 

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